Les vendeurs de maladies

Les vendeurs de maladies

Santé Nutrition

#EliseLucet s’intéresse aux «vendeurs de maladies», ces laboratoires qui inventent de toutes pièces une pathologie pouvant correspondre à la nouvelle molécule qu’ils viennent de mettre au point, parfois malgré des effets secondaires avérés, pour lesquels ils ont déjà prévu de nouveaux médicaments.

Pour citer cet article : "Les vendeurs de maladies," in Laure Pouliquen Officiel, 01/05/2017, https://laurepouliquen.fr/les-vendeurs-de-maladies/,Laure POULIQUEN.

 

Comment la mafia napolitaine a fait exploser les cas de cancers

Comment la mafia napolitaine a fait exploser les cas de cancers

Cancers Cancérisation

Comment la mafia napolitaine a fait exploser les cas de cancers

LE TRIANGLE DE LA MORT : Ces dernières années, les médecins italiens ont constaté une recrudescence des cas de cancer dans la région de Naples. Ils ont fini par faire le lien avec les déchets industriels toxiques enfouis dans les sols de la Campanie depuis des décennies par les syndicats du crime organisé.

Protocole d’un scandale environnemental aux conséquences tragiques.

Quelques jours avant ma visite à l’hôpital Sant’Anna et San Sebastian de Caserte, les médecins ont reçu un petit garçon de onze ans qui se plaignait de maux de tête. Ils craignaient le pire et, de fait, le diagnostic leur a très vite donné raison : l’enfant avait une tumeur au cerveau.

Un de plus. Il était trop tôt pour délivrer un pronostic, trop tôt pour réconforter les parents, totalement pris au dépourvu. Dans cette petite ville où les médecins n’avaient que rarement eu à traiter des enfants atteints de cancer – et moins encore d’une tumeur cérébrale –, ces cas tragiques se succèdent désormais mois après mois.

Trop de jeunes patients décèdent. Certains sont des nourrissons qui, à peine sortis du ventre de leur mère, sont déjà rongés par la maladie. Et puis il y a toutes ces femmes qui ont développé bien trop tôt un cancer du sein, tous ces hommes qui présentent un cancer du poumon, alors qu’ils n’ont jamais fumé.

Et aussi tous ces enfants nés trisomiques, bien que leur mère soit relativement jeune. De petites fumerolles s’échappent de terre

NAPLES_Dechets toxiques

NAPLES_Dechets toxiques

Que se passe-t-il donc dans cette région de Campanie, au nord de Naples, que l’on appelle désormais le triangle de la mort ?

Pour les habitants, la réponse se trouve sans doute à cinq kilomètres de là, dans une ancienne carrière de pierre, près de la ville historique de Maddaloni. Enzo Tosti, un énergique éducateur de 57 ans, m’emmène sur les lieux. Il suit lui-même un traitement depuis cinq mois, m’explique-t-il, car ses analyses sanguines ont révélé un taux anormalement élevé de dioxine. “J’ai pensé aller m’installer ailleurs, pour ma santé, mais où voulez-vous que j’aille ? Chez moi, c’est ici”, soupire-t-il. Carte : Google Maps. En descendant de voiture, il se couvre la bouche d’une main et m’ordonne de me dépêcher.

Le sol est jonché d’ordures : des sacs en plastique, des pots de peinture, des bouteilles de verre…

D’un pas mal assuré, j’essaie tant bien que mal de suivre mon guide sur ce terrain crevassé et criblé de nids-de-poule. En contrebas, une odeur âcre de produits chimiques nous prend à la gorge et de petites fumerolles s’échappent de terre. D’un signe de la main, Tosti coupe court à mes questions : “On parlera dans la voiture !” Sur le chemin du retour, il me raconte comment la mafia locale a déversé ici d’énormes quantités de déchets industriels contaminés, puis, contre toute attente, a obtenu a posteriori des autorisations pour ces dépôts. Il s’agit pourtant de substances toxiques, abandonnées au beau milieu de terres agricoles fertiles, tout près d’un concessionnaire automobile, de salles de loto et de magasins de meubles, et à quelques centaines de mètres d’une ville de 39 000 habitants.

Une enquête judiciaire est en cours depuis 18 mois, mais ici, personne ne s’attend à ce qu’elle débouche sur des inculpations. Boire Naples et mourir Car ce cas est loin d’être isolé. Cette région d’Italie, qui passait autrefois pour un paradis, compte des milliers de décharges sauvages : dans des canaux et des grottes, des carrières et des puits, sous des champs et des collines, sous le bitume des routes et dans des sous-sols de maisons…

Selon un repenti de la mafia, pendant des années, les entreprises du Nord industrialisé ont préféré verser des sommes dérisoires au crime organisé pour se débarrasser illégalement de leurs déchets, plutôt que de payer le prix du marché pour les faire traiter dans les règles. La Camorra, organisation mafieuse qui opère dans toute la Campanie, a ainsi contaminé une grande partie de son propre fief, en dispersant un peu partout des métaux lourds, des solvants et des composés chlorés. Les effets dramatiques de son inconséquence commencent tout juste à se faire sentir.

L’histoire de ces dépôts d’ordures illégaux est une tache sur l’Italie, et révèle la face sombre du capitalisme.

L’Etat est accusé de complicité, et la police, la classe politique et le pouvoir judiciaire sont soupçonnés d’avoir couvert ces pratiques.

Médecins et scientifiques voient dans cette pollution un parfait exemple d’“exposomique” – nouvelle discipline qui étudie les effets délétères des expositions environnementales sur la santé. Tout commence en 1980 Les origines de cette histoire remontent au séisme qui, en novembre 1980, a […] Ian Birrell

source : CourrierInternational

Pour citer cet article : "Comment la mafia napolitaine a fait exploser les cas de cancers," in Laure Pouliquen Officiel, 16/04/2017, https://laurepouliquen.fr/comment-la-mafia-napolitaine-fait-exploser-les-cancers/,Laure POULIQUEN.

80 pour cent des médicaments sur le marché ne servent à rien

80 pour cent des médicaments sur le marché ne servent à rien

Médicaments

 Entretien avec Pr Philippe Even, médecin pneumologue français, Professeur émérite à l’université Paris Descartes, président de l’Institut Necker, membre de l’Association Internationale pour une Médecine Scientifique, Indépendante et Bienveillante.

© Prévention Santé, Deborah Donnier
 http://www.prevention-sante.eu

Pour citer cet article : "80 pour cent des médicaments sur le marché ne servent à rien," in Laure Pouliquen Officiel, 11/04/2017, https://laurepouliquen.fr/80-pour-cent-des-medicaments-sur-le-marche-ne-servent-a-rien/,Laure POULIQUEN.

La traque aux perturbateurs endocriniens

La traque aux perturbateurs endocriniens

Santé Nutrition

La traque aux perturbateurs endocriniens

On a commencé à s’en inquiéter il y a un peu plus d’une décennie. D’étranges phénomènes de dérèglements hormonaux et de « mutations sexuelles » dans les milieux naturels se multiplient.

En cause :

une possible et insidieuse pollution jusque là insoupçonnée provoquée par la sophistication croissante des ingrédients chimiques et organiques rejetés dans l’environnement. Leur impact potentiel sur la santé humaine est désormais pris très au sérieux. Principe de précaution oblige, plusieurs recherches européennes se sont mobilisées pour traquer et évaluer cette menace sournoise.

Les principaux points sensibles d’éventuelles perturbations endocriniennes chez l’être humain.

  • 1. hypophyse
  • 2. thyroïde et parathyroïdes
  • 3. thymus
  • 4. surrénales
  • 5. pancréas
  • 6. ovaires
  • 7. testicules

…Ils féminisent les mâles ou virilisent les femelles d’espèces aussi diverses que mollusques, poissons, grenouilles, oiseaux, réduisant gravement la fécondité. Mais ils nuiraient aussi à leur développement, à leur immunité, et leur infligeraient des tumeurs. Ils sont même soupçonnés d’avoir des effets sur la santé humaine, tels que la raréfaction (statistiquement observée) des spermatozoïdes ou la multiplication des cancers du testicule, du sein et de la prostate.

Ce sont les perturbateurs endocriniens, une hétéroclite armada de substances dont la caractéristique commune est d’altérer le bon fonctionnement hormonal des systèmes vivants et donc pourquoi pas celui des humains.

 Mobilisation scientifique

Les responsables de l’Union ont décidé de ne pas sous-estimer les dangers de cette épée de Damoclès d’un genre nouveau et ont, en particulier, renforcé les soutiens à la recherche dans ce domaine (voir encadré Une sérieuse mise en garde européenne). Outre la surveillance et l’étude de plus en plus poussée des dérèglements observables dans les écosystèmes, et également chez l’homme, la mobilisation scientifique porte sur l’identification des produits coupables (ou potentiellement tels), dont la liste ne cesse de s’allonger.

En mai 2002, la DG Recherche a clairement marqué sa volonté d’amplifier l’effort européen en finançant, à hauteur de 20 millions d’euros, un regroupement de quatre projets. Appelé Credo (Cluster of Research on Endocrine Disruption in Europe), ce bouquet rassemble 64 équipes, entièrement centrées sur ces inquiétantes molécules.

« Outre ses moyens importants, un des points forts de Credo réside dans la manière dont nous approchons la santé humaine et les problèmes d’environnement de façon intégrée, alors que ces problèmes étaient auparavant coiffés par des actions européennes de recherche distinctes », souligne son coordinateur Andreas Kortenkamp (École de Pharmacie Université de Londres), qui mène également le projet central du cluster, Eden.

« Ce regroupement me semble constituer un pas décisif. On va enfin faire travailler ensemble des spécialistes de l’endocrinologie humaine, de la vie sauvage et des chimistes. Cela s’annonce passionnant. »

Une problématique complexe

La concentration des recherches est, en effet, une réponse adéquate à la complexité de ce dossier. Celle‑ci provient tout d’abord de la diversité des substances concernées.

Des pesticides, des ignifugeants, des cosmétiques, des médicaments, des peintures, des produits de combustion, sont autant de perturbateurs endocriniens potentiels. Leur mode d’action est également déconcertant. Certaines de ces molécules, parce que leur structure ressemble à telle ou telle hormone, agissent en déclenchant dans l’organisme la réaction que cette dernière provoquerait naturellement.

D’autres, au contraire, vont se fixer sur les récepteurs d’une hormone, empêchant ensuite son action. Une troisième catégorie perturbera la synthèse, le transport, le métabolisme ou l’excrétion des hormones, modifiant ainsi les concentrations naturelles dans les organismes. « Les mélanges représentent un autre piège », explique Andreas Kortenkamp.

« On ne rencontre généralement pas un perturbateur endocrinien isolé dans tel ou tel environnement, mais un grand nombre d’entre eux, d’origines diverses. Étudier comment ils interagissent n’est pas une mince affaire, mais c’est indispensable pour évaluer le risque.

Nous avons montré dans des études antérieures qu’une douzaine d’éléments, tous présents à des quantités inférieures à leur seuil d’activité observable, avaient des effets importants par synergie. C’est notamment cet aspect que nous voulons approfondir dans le projet Eden. »

Une sérieuse mise en garde européenne

Dans une communication au Conseil et au Parlement, datée de décembre1999, la commission soulignait, pour la première fois, que les problèmes soulevés par les dis-rupteurs endocriniens devaient faire l’objet d’une attention sérieuse dans les politiques d’environnement, de santé publique et de recherche.

Le document précisait que des études menées sur des poissons- notamment des gardons au Royaume -Uni – ont relevé des proportions alarmantes de mâles (13% en en moyenne, près de la moitié dans certaines rivières) dont les testicules contenaient des ovocytes… autrement dit, des cellules destinées former des œufs. Des mollusques marins femelles ( buccins et bigorneaux, notamment ) ont été, quant à eux, victimes des effets virilisants du TBT, un composé autrefois contenu dans les peintures de bateaux avec des conséquences très graves sur la reproduction de l’espèce ( des extinctions locales ont été enregistrées ).

La reproduction des oiseaux serait aussi menacée par ces perturbateurs endocriniens et des chercheurs ont signalé des cas de goélands hermaphrodites. La multiplication de ces cas conduit la Commission a affirmer que « les exemples de troubles de la reproduction et du développement imputables à une exposition à des substances chimiques sont patents chez de nombreuses espèces de la faune sauvage et sont à l’origine de modifications locales dans les populations concernées. » ( Communication de la Commission, Stratégie Communautaire, décembre 1999. http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/cnc/1999/com1999_0706fr01.pdf )

 Le cas des ignifugeants

Fire, un des projets du cluster Credo, s’intéresse à un groupe important de composés organo-halogénés : les BFR ( Brominated Flame Retardants ). Ces ignifugeants sont très utilisés par l’industrie dans les polymères, les textiles, et souvent appliqués aux matériaux de construction, aux meubles et aux appareils électroniques.

Parmi ceux-ci, les diphényl-éthers polybromés (PBDE en anglais )et tétrabromobisphénols A (TBBPA ) font l’objet d’une attention particulière. En 1999, le marché mondial pour ces molécules était estimé respectivement à 67 000 et 121 000 tonnes. « Nous allons étudier la distribution et l’évolution du degré d’exposition aux BFR dans la faune côtière sauvage, en particulier auprès de prédateurs qui sont au sommet de la chaîne alimentaire – tels l’hirondelle de mer, le phoque et l’ours- et nous nous intéresserons aussi à l’alimentation humaine », explique Joseph Vos, de l’Institut National pour l’Environnement et la Santé Publique des Pays-Bas, coordonnateur de Fire.

« A l’aide de cultures cellulaires in vitro, des études de toxicité de différents BFR sur les systèmes endocriniens et immunitaires de rongeurs ou de poissons doivent nous permettre de déterminer plus en détails les composés qui s’avèrent les plus significatifs. » Objectif : produire une estimation des risques pour l’homme et pour l’environnement permettant, compte tenu des effets et de l’exposition, « de dire si nous disposons ou pas de marges de sécurité suffisantes. »

 L’écheveau des ressemblances

Enfin, l’écheveau biochimique est particulièrement difficile à démêler. En effet, les seuls vertébrés possèdent une cinquantaine d’hormones connues (1). Une des questions importantes est de savoir dans quelle mesure les invertébrés, dont le système hormonal reste mystérieux, « ressemblent » aux vertébrés sur le plan endocrinien. Tel est l’un des objectifs du projet Comprendo, qui étudie tout particulièrement les substances androgènes et antiandrogènes.

« Nous savons que certaines hormones sont particulières aux invertébrés par exemple celles, très spécifiques, qui contrôlent la métamorphose des insectes », explique Jörg Oehlmann de l’Institut de Zoologie de l’Université de Francfort, coordonnateur du projet. « Mais nous avons des raisons de penser que, au fil de la longue évolution du vivant, des pans des systèmes endocriniens ont pu se conserver de façon quasiment intacte.

Ainsi, le tributyl étain (TBT) est connu pour agir sur la même enzyme qui transforme les androgènes en œstrogènes chez les mollusques et les mammifères, alors que ce sont des groupes très dissemblables.

Nous voulons vérifier cette hypothèse, car elle permettrait de mettre sur pied des modèles animaux dont on pourrait extrapoler les effets sur l’homme. » (1) Les plus connues sont l’adrénaline (issue des glandes surrénales), la testostérone (fabriquée par les testicules), l’insuline (produite par le pancréas), la thyroxine (hormone thyroïdienne) et les œstrogènes (sécrétées par les ovaires).

 Identifier des sentinelles

Si, en effet, des organismes aquatiques primitifs, tels des échinodermes (oursins, étoiles de mer, etc.) ou des mollusques, s’avéraient porter les mêmes récepteurs hormonaux que les hommes, cette similitude offrirait de nombreux avantages.

D’une part, on pourrait utiliser ces espèces, dans leur milieu naturel, comme des sortes de « sentinelles », capables de nous signaler quand les niveaux de contamination deviennent préoccupants. Et, surtout, on pourrait concevoir des systèmes de test, basés sur ces organismes, qui permettraient d’évaluer la nocivité pour la santé humaine de tel ou tel composé chimique. « Les invertébrés aquatiques ou les amphibiens nous intéressent en soi, car ils font partie des écosystèmes et méritent notre protection.

Mais ils nous intéressent aussi dans la perspective de construire des protocoles reconnus par l’ensemble des scientifiques permettant de tester l’activité sur le système endocrinien de tel ou tel composé chimique », précise Jörg Oehlmann. L’un des problèmes épineux de ce dossier est, en effet, que, si l’on s’interroge sur la nocivité d’une molécule pour le système hormonal, on ne dispose pas actuellement de tests reconnus pour la quantifier.

 Un urgent besoin de tests

En réalité, les tests sont nombreux, mais l’interprétation de leurs résultats est toujours très controversée. Certains d’entre eux (par exemple ceux qui impliquent les rongeurs), sont, en outre, considérés comme insuffisamment sensibles. La mise sur pied de protocoles reconnus par tous, qui pourraient être validés par l’OCDE, puis pratiqués dans des laboratoires du monde entier, marquerait un immense progrès, auquel les scientifiques de Credo ont bien l’intention de contribuer. On ignore d’ailleurs le nombre de protocoles nécessaires pour vérifier l’innocuité complète d’un produit. Pour l’instant, on ne s’intéresse guère qu’aux effets œstrogènes et androgènes. Lorsque les connaissances seront plus avancées sur les autres hormones (notamment thyroïdiennes), il est probable que de nouveaux tests s’imposeront.

« Il s’agit de fournir des données scientifiques pertinentes et utilisables pour permettre la mise sur pied d’une stratégie communautaire vis à vis des perturbateurs endocriniens. Nous ne faisons pas des recherches par pure curiosité, mais nous voulons fournir des outils de décision et nous commençons à réfléchir à la façon dont nos données sur les mélanges de substances pourraient être utilisées sur le plan réglementaire », résume Andreas Kortenkamp.

La variété des espèces (particulièrement celles qui participent de la chaîne alimentaire aquatique) parmi lesquelles des aberrations hormonales ou sexuelles sont observées constitue un véritable signal d’alarme.

 Virilité et œstrogènes

Selon Jörg Oehlmann (Institut de Zoologie Université de Francfort), « 95% des crédits de recherche consacrés aux perturbateurs endocriniens, tant en Europe qu’aux États-Unis, vont aux composés ayant des effets œstrogènes. Or, des exemples argumentés, comme celui du TBT, prouvent clairement que les effets androgènes sont tout aussi préoccupants ». Pour expliquer ce paradoxe, le chercheur risque une hypothèse :

« mes collègues femmes pensent que la recherche étant dominée par les hommes, ceux-ci ont choisi de dépenser de l’argent en priorité sur les composés susceptibles d’altérer leurs propres capacités… » Un travers – véritable ou supposé – duquel Credo a su se garder. Le projet Comprendo, auquel participe Jörg Oehlmann, se consacre exclusivement à des composés androgènes.

 553 substances « candidates »

De ce point de vue, l’aspect le plus délicat sera d’éclaircir les liens entre ces substances et la santé humaine. Ainsi la baisse de la fécondité masculine qui a été relevée dans plusieurs pays du Nord de l’Europe, tout comme l’augmentation générale de certains types de cancer, sont, de l’avis général, des phénomènes plurifactoriels.

La consommation de tabac, l’alcool, les changements dans l’alimentation, la sédentarité sont parmi les facteurs qui jouent probablement un rôle. Dans ces conditions, estimer la responsabilité d’un composé chimique ou d’un groupe de composés donné représente un défi ambitieux.

Même s’il ne s’agit que d’un premier tri empirique, la Commission a déjà identifié 553 substances « candidates » à une évaluation plus poussée de leurs effets endocriniens. Ces produits sont en attente de données et de tests permettant véritablement de les évaluer. Mais cette liste est provisoire.

Pour citer cet article : "La traque aux perturbateurs endocriniens," in Laure Pouliquen Officiel, 05/04/2017, https://laurepouliquen.fr/la-traque-aux-perturbateurs-endocriniens/,Laure POULIQUEN.

Benzodiazépines : Danger

Benzodiazépines : Danger

Médicaments

Xanax, Lexomil, Lysanxia, Myolastan, des médicaments qui rétrécissent le cerveau depuis 30 ans !

 Le journal britannique « The Independent on Sunday » s’est procuré des documents confidentiels plutôt gênants. En 1981, suite aux trouvailles du professeur (aujourd’hui émérite) Malcolm LADER, chercheur de renom dans le domaine de la psychiatrie, le Medical Research Council (MRC, institut gouvernemental) avait organisé un brainstorming scientifique pour évoquer le rétrécissement du cerveau survenu chez certains patients gobant des benzodiazépines. L’année suivante, le MRC décidait d’approfondir le sujet pour évaluer l’impact à long terme de ces molécules. Puis, plus rien. Le ministère de la Santé n’a pas donné suite.

En 1982, le gouvernement britannique apprenait que les benzodiazépines (dérivés du valium : Xanax, Lexomil, Lysanxia, Myolastan...) pouvaient provoquer des troubles neurologiques graves. 30 ans plus tard, les médecins continuent de distribuer les pilules comme des Smarties !

La bourse ou l’avis

Aucun test « officiel » de toxicité neurologique à long terme n’a jamais été réalisé sur ces médicaments (Xanax, Lexomil, Lysanxia, Myolastan…) vendus à des dizaines de millions d’exemplaires, censés lutter contre l’anxiété, le stress, l’insomnie et les spasmes musculaires.

Le Professeur Lader a déclaré : « Je recevais de l’argent pour d’autres recherches et ne voulais pas être étiqueté comme la personne qui a tué les benzodiazépines… J’aurais dû être plus proactif… J’ai supposé que la prescription allait se tarir, mais les médecins ont continué de les balancer comme des Smarties ».

La camelote qui ramollit le cerveau

En 1995, Heather Ashton, professeur émérite de psychopharmacologie clinique, a elle aussi fait une proposition à la MRC pour étudier le lien entre la consommation de « benzos » et les dommages permanents induits sur le cerveau. Sa proposition a été rejetée. La MRC se défend en prétendant qu’une fois « acceptées les conclusions du rapport de Malcolm Lader », elle était prête à financer « toute demande de recherche répondant aux normes scientifiques requises »… ce qui n’est, prétend-elle, toujours pas arrivé à ce jour. La faute à pas-de-chance…

« Énorme scandale »

Députés et avocats se liguent aujourd’hui pour dénoncer un « énorme scandale » (dixit Jim Dobbin, président d’un groupe parlementaire multipartite sur les addictions médicamenteuses) qui pourrait ouvrir la voie à des recours collectifs pouvant impliquer jusqu’à 1,5 million de patients devenus accros à leurs dépends.

Un grand nombre d’entre eux présenterait des symptômes neurologiques compatibles avec les constations de Malcolm Lader. Dans les années 1960, annoncés comme totalement inoffensifs, les benzos étaient présentés comme la première merveille du monde pharmaceutique. En une décennie, ils sont devenus les plus couramment utilisés au Royaume-Uni. Sauf que ces médocs révolutionnaires induisent une addiction particulièrement puissante, et cela en quelques jours.

Descente aux enfers

Valérie Bell a fait une attaque de panique, en 1984. Son médecin lui a immédiatement prescrit du lorazépam. Aujourd’hui, elle a 67 ans. Elle est sevrée depuis 2007 mais souffre toujours de douleurs neurologiques à la tête, au cou et aux pieds.

« Nous avions deux magasins de fleurs dans l’Essex, avec mon mari. Nous avons eu une belle vie […] j’ai eu une attaque de panique lors d’une soirée. Mon médecin m’a dit qu’il y avait un nouveau médicament merveilleux en provenance des États-Unis, alors je l’ai pris sans poser de questions.

Immédiatement après, je me suis senti mal. Le médecin a dit que c’était ma maladie et a augmenté les doses, tout en ajoutant un antidépresseur. Cela a duré pendant des années, une nouvelle pilule suivait de nouvelles pilules. Certains jours, je ne pouvais même pas sortir du lit.

J’ai vu 32 médecins, mais personne n’a dit que mes symptômes pouvaient provenir des pilules. Pendant des années, j’ai cru ces hommes en blouse blanche et costumes Armani. Quand j’ai décidé que ça suffisait, il m’a fallu 15 ans pour m’en sortir […] j’étais totalement incohérente, j’entendais des voix, j’étais incapable de faire du thé. Aucun être humain ne devrait souffrir comme ça. Nous avons perdu notre maison et nos entreprises.

Les médicaments ont détruit nos vies ».

(1) Les mots ont un sens
Pour citer cet article : "Benzodiazépines : Danger," in Laure Pouliquen Officiel, 04/03/2017, https://laurepouliquen.fr/benzodiazepines-danger/,Laure POULIQUEN.

 

Les pilules du malheur, antidépresseurs et anxiolytiques

Les pilules du malheur, antidépresseurs et anxiolytiques

Médicaments

  Les pilules du malheur

Gavés d’antidépresseurs et d’anxiolytiques, les jeunes Français sont de plus en plus nombreux à tenter de se suicider. Des voix s’élèvent pour dénoncer les tragiques effets secondaires de médicaments mal prescrits

par Gilbert Charles

« Je ne dis pas que ce sont les médicaments qui l’ont tuée, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils y sont pour quelque chose… » Foulard Hermès et Brushing impeccable, Marie-Claude D., épouse d’un ingénieur parisien et mère de quatre enfants, étouffe un sanglot en évoquant sa fille cadette, Olivia, qui s’est suicidée l’an dernier, à l’âge de 18 ans.

« Elle était rebelle et repliée sur elle-même, je ne comprenais pas. Elle avait déjà fait une tentative à 14 ans. J’ai appris plus tard, en lisant son journal, qu’elle avait subi une agression sexuelle et n’en avait jamais rien dit. Elle a finalement réussi à passer son bac, mais s’est remise à déprimer. Nous l’avons emmenée chez un généraliste, qui lui a prescrit du Prozac.

Deux mois plus tard, elle n’allait pas mieux. Il a augmenté les doses, en ajoutant un tranquillisant. » Un soir de novembre, Olivia avale le contenu des boîtes de pilules après avoir rédigé une lettre d’adieu. Elle se réveille quelques heures plus tard dans un demi-coma et, constatant qu’elle est toujours vivante, se hisse jusqu’à la fenêtre et saute du 6e étage. « Elle avait une rage d’en finir, soupire sa mère. Depuis, j’ai appris que ces médicaments pouvaient favoriser les pulsions suicidaires. Et je m’interroge. »

« Je vois arriver dans ma consultation des gamins de 11-12 ans avec des ordonnances de grand-mère comprenant des calmants le matin et des somnifères le soir »

Elle n’est pas la seule. Adhérente de l’association Phare enfants-parents, Marie-Claude participe régulièrement au « groupe de parole des parents endeuillés ». Chaque dernier samedi du mois, une vingtaine de pères et de mères d’adolescents suicidés ou tués dans des accidents de la route se retrouvent pour discuter et s’entraider dans leur terrible épreuve. Un sujet revient souvent dans les conversations : celui des psychotropes et de leurs effets secondaires. Leurs enfants suicidés prenaient presque tous des anxiolytiques, des somnifères ou des antidépresseurs pour calmer leur mal de vivre. Des médicaments dont l’usage s’est banalisé ces dernières années, chez les adultes comme chez les jeunes, et dont les spécialistes dénoncent aujourd’hui les abus et les risques.

La consommation de « pilules pour la tête » chez les enfants et les adolescents connaît en France une véritable explosion. « Je vois arriver dans ma consultation des gamins de 11-12 ans avec des ordonnances de grand-mère comprenant des calmants le matin et des somnifères le soir, s’indigne Xavier Pommereau, chef de service de psychiatrie pour adolescents du CHU de Bordeaux. Certains sont carrément accros aux médicaments depuis deux ou trois ans et nous sommes parfois obligés de les sevrer à l’hôpital, avant toute prise en charge. Il y a une dérive évidente dans ce domaine depuis quelques années : il est temps de tirer la sonnette d’alarme. » Les jeunes semblent recourir aux pilules au moindre malaise, comme une gomme à effacer les problèmes. Selon une enquête quadriennale de l’Inserm menée auprès de lycéens, les adolescents français arrivent au deuxième rang européen pour la consommation de médicaments « psy », à égalité avec la Croatie : 19% des garçons et 26% des filles de 16-17 ans reconnaissent en avoir pris au moins une fois, avec ou sans ordonnance. Une étude menée à Strasbourg en 1989 a montré que 12% des enfants à l’école primaire étaient traités avec force sirops ou pilules pour des troubles du sommeil, dont les trois quarts depuis l’âge de 4 ans !

« Le phénomène s’est accéléré depuis dix ans, note Manuel Bouvard, pédopsychiatre à l’hôpital Charles-Perrens, à Bordeaux. Les psychotropes sont de plus en plus souvent prescrits pour l’insomnie, l’agitation, l’anxiété ou la boulimie, troubles qui n’ont rien à voir avec leur indication de départ. » On prescrit un peu n’importe comment et à n’importe qui : les spécialistes estiment que 6 à 7% des adolescents sont réellement déprimés, dont la moitié ne sont pas traités, alors que beaucoup d’autres sont mis sous antidépresseur sans réelle justification.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas les psychiatres qui délivrent le plus d’ordonnances, mais les généralistes, à l’origine de 90% des prescriptions, y compris pour les enfants. Dans la moitié des cas, les jeunes obtiennent le médicament sans passer par le cabinet d’un médecin, en se servant simplement dans la pharmacie de leurs parents. Les pilules font aussi l’objet de trafics dans les cours de récréation des collèges et des lycées. « On fustige le cannabis et l’alcool, mais personne ne parle de la toxicomanie pharmaceutique, dénonce le psychiatre Roland Broca, président de la Fédération française de santé mentale. Les médicaments ne sont pas systématiquement recherchés en cas d’accident de la route, mais je suis persuadé qu’ils sont responsables de presque autant de morts que l’alcool. »

 Des relations difficiles avec l’école et leur famille

Les jeunes Français seraient-ils victimes d’une épidémie de dépression ? Bourrés de psychotropes, ils sont aussi de plus en plus nombreux à essayer de se suicider, comme les deux collégiennes de Calais qui ont disparu après avoir annoncé leur geste sur Internet. Si le nombre de moins de 25 ans qui « réussissent » reste stable (moins d’un millier par an), celui des tentatives ne cesse de progresser : entre 10 000 et 15 000 adolescents chaque année. Sans compter les nombreux cas qui ne donnent pas lieu à hospitalisation et passent inaperçus. « Ce chiffre a progressé de 40% depuis dix ans, en particulier chez les filles, explique Marie Choquet, épidémiologiste à l’Inserm. Les pensées suicidaires ne sont pas plus nombreuses qu’avant, mais il semble que l’on passe de plus en plus facilement à l’acte, comme si le geste se banalisait. »

La plupart des candidats au suicide sont, apparemment, des ados comme les autres : ils ont des amis, sortent souvent, ont une relation amoureuse dans 70% des cas ; leur consommation d’alcool ou de drogue n’a rien d’exceptionnel et leurs parents sont en majorité mariés et vivent ensemble. « Mais 82% d’entre eux sont considérés comme déprimés, poursuit Marie Choquet. Ils ont des relations difficiles avec le système scolaire ou professionnel et surtout avec leur famille. Les garçons sont deux fois moins touchés que les filles, mais, chez eux, le malaise se traduit plutôt par des comportements violents et des conduites à risque, comme la toxicomanie. On voit aussi augmenter les gestes d’agression contre soi-même, comme les scarifications, les tatouages, et les piercings. »

Dans 13 cas sur 15, ces molécules ne sont pas plus efficaces qu’un placebo, et les patients sous traitement sont trois fois plus nombreux à envisager le suicide

Peut-on établir une relation de cause à effet entre la surconsommation de psychotropes et l’augmentation des suicides en France ? Aucun expert ne se risque à l’affirmer, car les données épidémiologiques sont très rares, sinon quasi inexistantes. Mais les doutes sur les effets secondaires des pilules ne cessent de grandir. « Il est extrêmement difficile de distinguer les effets des médicaments et ceux de la dépression elle-même, note Bernard Golse, pédopsychiatre à l’hôpital Necker, mais on peut tout de même remarquer que la moitié des ados qui récidivent après une première tentative de suicide utilisent les médicaments qu’on leur a prescrits, et 60% d’entre eux réussissent. » Mais il y a plus grave. On découvre aujourd’hui que certains psychotropes censés soigner les dépressifs ont une fâcheuse tendance à favoriser les comportements agressifs et les passages à l’acte suicidaire, en particulier chez les jeunes.

 Des résultats d’études délibérément dissimulés

Les antidépresseurs de la famille du Prozac connaissent depuis une vingtaine d’années un formidable succès. Un Français sur dix s’est vu l’an dernier prescrire la « pilule du bonheur » – comme les médias l’ont baptisée à son apparition dans les années 1980 – alors que le taux de prévalence de la dépression dans la population est estimé à moins de 5%. Utilisés pour soigner les troubles de l’humeur, l’anorexie, les coups de blues et les vraies dépressions, le Prozac et ses cousins se sont aussi répandus chez les enfants et les adolescents. Retour de bâton : jugeant que les antidépresseurs sont trop dangereux, le ministre de la Santé envisage maintenant d’encadrer leur usage chez les moins de 18 ans.

Depuis le début des années 1990, des médecins américains et européens ont commencé à suspecter la fluoxétine (nom générique de la molécule du Prozac) d’avoir des effets secondaires bien plus graves que ceux qui sont stipulés sur la notice – perte d’appétit, troubles du sommeil, baisse de la libido… Les témoignages de patients faisaient souvent état de crises d’épilepsie, de sautes d’humeur, d’accès de violence et d’idées suicidaires. Plusieurs actions en justice ont été intentées aux Etats-Unis par des familles de victimes de meurtres et de suicides attribués au Prozac. Mais le fabricant, Eli Lilly, a toujours réfuté ces accusations et gagné ses procès – parfois en concluant des accords secrets avec les plaignants pour qu’ils retirent leur plainte, comme en 1994. « Ce médicament a été prescrit à plus de 50 millions de personnes dans le monde et sa sécurité et son efficacité sont bien établies », n’a cessé de marteler le laboratoire.

Pourtant, les preuves de sa dangerosité ne cessent de s’accumuler. Après avoir été intriguées par des anomalies dans une étude réalisée par le fabricant mais jamais publiée, les autorités médicales de chaque côté de l’Atlantique – la Food and Drug Administration (FDA), aux Etats-Unis, et l’Agence européenne du médicament – ont demandé en 2003 à consulter toutes les données concernant les essais cliniques des antidépresseurs dits de deuxième génération. Les résultats, publiés en octobre 2004, laissent peu de place au doute : ils indiquent que, dans 13 cas sur 15, ces molécules ne sont pas plus efficaces qu’un placebo et que les patients sous traitement sont trois fois plus nombreux à envisager le suicide ou à faire une tentative. En décembre dernier, le British Medical Journal a reçu un courrier anonyme contenant des notes internes de la filiale allemande d’Eli Lilly, probablement envoyé par un employé, qui montre que la firme a tenté de dissimuler délibérément les résultats d’études cliniques en demandant aux médecins d’enregistrer les suicides de patients comme des « surdosages ».

« C’est un abus de confiance criminel, s’emporte le Dr Robert Bourguignon. Dommage que ces informations n’aient pas été rendues publiques il y a huit ans : j’aurais sans aucun doute gagné mon procès ». Ce médecin bruxellois, responsable d’une agence d’information médicale indépendante, s’est vu traîner en justice par Eli Lilly en 1997, pour avoir publié dans une revue scientifique une étude réalisée auprès de 500 confrères sur les effets secondaires du Prozac, faisant état d’un nombre anormal de crises de violence et de tentatives de suicide parmi leurs patients. Le laboratoire a fait témoigner une brochette de spécialistes et le Dr Bourguignon a été condamné pour diffamation.

 Plus d’inhibitions, mais l’angoisse est toujours là

Les effets délétères de la fluoxétine sont particulièrement alarmants chez les jeunes patients. Le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) est, lui aussi, accusé d’avoir édulcoré les résultats d’une étude clinique de son antidépresseur, le Deroxat, sur des adolescents. Les résultats montraient un taux de tentatives de suicide huit fois plus important chez les enfants traités avec la molécule que ceux sous placebo. Le procureur de l’Etat de New York vient d’entamer une action en justice contre GSK pour avoir caché les risques du produit.

« Ces produits n’agissent pas de la même façon dans les cerveaux infantiles en formation. Leur effet neurologique sont très différents avant l’âge adulte et après 25 ans »

Comment un médicament peut-il pousser à se détruire ? La fluoxétine, la molécule active du Prozac, agit en stimulant dans le cerveau la production de sérotonine, un neuromédiateur impliqué dans l’impulsivité et la régulation des comportements. « Le Prozac est un excitant, un produit euphorisant : il lève les inhibitions mais sans calmer l’angoisse, explique le Pr Edouard Zarifian, psychiatre au CHU de Caen, et auteur d’un fameux rapport sur la surconsommation des psychotropes en France. La déprime est toujours là, mais le sujet n’est plus prostré, il redevient actif, et retrouve assez d’énergie pour se suicider. »

 Les tests sur les mineurs : très chers et trop complexes

Il n’y a pas que les antidépresseurs. Georges- Alexandre Imbert, président de l’Association d’aide aux victimes des accidents des médicaments (AAAVAM) – dont le fils s’est suicidé – accuse pour sa part les benzodiazépines, c’est-à-dire les somnifères. L’association recense chaque année des centaines de témoignages de patients traités aux psychotropes pris de délire, d’accès de violence ou se suicidant. « La plupart prenaient du Valium, du Xanax ou du Stylnox, affirme Imbert. Comme ce vieillard de 75 ans qui a tué sa femme de 17 coups de couteau ou ce journaliste parisien qui, victime d’une crise inexpliquée, a menacé sans raison un agent de la circulation de lui faire avaler son képi et de tuer sa mère, ce qui lui a valu un séjour derrière les barreaux et un procès pour insubordination. »

Richard Durne, le forcené qui a abattu huit personnes dans la salle du conseil municipal de Nanterre en mars 2002, était lui aussi un dépressif chronique. C’est également le cas de l’un des deux jeunes auteurs du massacre perpétré en 1999 au lycée de Columbine, dans le Colorado (12 morts), pour lequel on invoque aujourd’hui l’influence de l’antidépresseur Luvox avec lequel il était traité.

Une centaine de dossiers de l’AAAVAM concernent ainsi des cas d’enfants ou de jeunes adultes. Camille, 16 ans, est depuis trois mois plongée dans un coma profond après une tentative de suicide au Stylnox. Toxicomane à l’héroïne, elle s’était fait prescrire ce somnifère pour prévenir les crises de manque. « Le médecin qui a soigné ma fille ne nous a jamais mis en garde contre les dangers de ce produit et n’avait manifestement pas une formation adaptée », accuse aujourd’hui son père.

Le phénomène est d’autant plus inquiétant que la moitié des psychotropes administrés aux enfants en France n’ont été testés que sur des adultes et sont contre-indiqués aux moins de 15 ans. Les laboratoires renâclent à se lancer dans des essais cliniques sur les mineurs, très chers et très complexes à réaliser car il nécessitent le consentement des parents. D’autant plus que le marché des moins de 15 ans n’est pas très lucratif : ces derniers représentent 20% de la population mais consomment seulement 5% des médicaments. Cela n’empêche pas les médecins de prescrire aux jeunes des médicaments pour adultes, sous leur propre responsabilité, en adaptant souvent les posologies au jugé, en fonction de l’âge du patient.

« Le problème, c’est que ces produits n’agissent pas de la même façon dans les cerveaux infantiles en formation, explique Bernard Golse. L’absorption d’une molécule par l’organisme, sa transformation et son effet neurologique sont très différents avant l’âge adulte et après 25 ans. »

Face à toutes ces dérives, les autorités sanitaires tentent aujourd’hui de prendre des mesures. La FDA impose depuis l’automne aux fabricants d’antidépresseurs d’imprimer sur leurs boîtes de pilules un avertissement sur les risques de « comportements violents ou suicidaires ». L’Agence européenne du médicament recommande aux médecins de ne plus prescrire de psychotropes aux moins de 18 ans, sauf pour les cas les plus graves, traités en milieu spécialisé. C’est aussi l’avis de Philippe Douste-Blazy : le ministre de la Santé envisage d’imposer cette mesure dans le cadre de son plan pour la santé mentale, présenté le 4 février.

 Associer une psychothérapie aux médicaments

Il ne faut pourtant pas diaboliser les psychotropes, estime le Dr Xavier Pommereau : ils sont souvent indispensables pour débloquer une situation de crise et permettre à l’adolescent de reprendre pied. Mais ils ne doivent pas être la seule réponse à la détresse. Les tentatives de suicide sont le résultat d’une mauvaise prise en charge plutôt que de l’usage d’un produit. » Tous les spécialistes le répètent : les pilules ne soignent que les symptômes, elles ne traitent pas les problèmes familiaux ou affectifs de l’adolescent, la cause de sa dépression. C’est pourquoi la plupart d’entre eux associent systématiquement une psychothérapie aux médicaments. « Il n’y a rien de pire que l’ado traîné par ses parents chez le médecin, qui se voit prescrire une pilule sans qu’on prenne la peine de l’écouter, peste le pédopsychiatre Marcel Rufo. En psy, ce qui soigne, c’est le temps. » Il a fallu des années d’excès pour apprendre la prudence avec les antibiotiques. Il va falloir l’apprendre avec les psychotropes.

Amessi.org et l’Express.fr

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Quand la Médecine dérape

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Laure Pouliquen

L’actualité nous rappelle sans cesse que la médecine n’est pas infaillible et pire, même, que l’industrie pharmaceutique n’est pas toujours bien intentionnée et qu’elle n’hésite pas à jouer avec nos vies ! Scandale des prothèses PIP, drame du Médiator, affaire de la pilule Diane 35…etc !
Pourquoi ces erreurs médicales sont-elles arrivées ? Que peuvent espérer les victimes ? Fait-on trop confiance aux médecins ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces affaires très médiatisées provoquent l’émoi et l’indignation mais elles ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La partie la plus visible, car des erreurs médicales il y en a chaque jour dans notre pays. Timéo, deux ans et demi, est handicapé à plus de 80%. Il ne peut plus parler et a du mal à coordonner ses mouvements. Ce lourd handicap n’a rien à voir avec une maladie génétique, il le doit à une erreur médicale lors de sa naissance. Marjorie a pris un médicament utilisé par plus de 5 millions de femmes en France : la pilule.

Un matin, terrassée par un mal de tête violent, elle fait un Accident Vasculaire Cérébral. Julien est entré à l’hôpital pour une simple luxation de la clavicule. Une blessure sans gravité. Et pourtant, pendant l’opération, il a failli perdre son bras… Philippe, 69 ans, a contracté une maladie nosocomiale au bloc opératoire. Il se bat depuis 4 ans pour obtenir réparation. Pour Isabelle, porteuse de prothèses PIP, le combat est proche de la fin : elle se rend au procès à Marseille qu’elle attend depuis si longtemps .

PS Laure Pouliquen : Sans oublier le SNV [Syndrome du Nez Vide] Pathologie iatrogène chronique invalidante consécutif à une intervention chirurgicale pratiquée par les ORL (TURBINECTOMIE) totale OU partielle + lire autre article SNV

Pour citer cet article : "Quand la Médecine dérape," in Laure Pouliquen Officiel, 30/10/2016, https://laurepouliquen.fr/quand-la-medecine-derape/,Laure POULIQUEN.

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