L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard

L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard

L’énigme Alan Turing, Le Mathématicien et blanche-Neige

 Mathématicien anglais, Alan Turing est l’inventeur de l’ordinateur moderne. En 1954, il se donne la mort d’une étrange manière, peu après avoir été condamné par la justice de son pays à la castration chimique pour avoir entretenu une relation sexuelle avec un autre homme.

Ce destin exceptionnel est le sujet d’une Histoire naturelle de l’esprit (suite et fin), mis en scène par Jean-François Peyret avec Jeanne Balibar et Jacques Bonnaffé, présenté à la Maison de la Culture de Bobigny (MC 93) jusqu’au 1er avril, puis au Théâtre de la Cité à Toulouse du 5 avril au 14 avril.

Grand mathématicien connu pour être à l’origine d’une machine et d’un test portant son nom, tous deux utilisés dans les débats relatifs à l’intelligence artificielle, Alan Turing est également celui qui vint à bout des codes secrets utilisés par l’amirauté allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Parce qu’il choisit de ne pas dissimuler son homosexualité, sa vie est irrémédiablement brisée : le fondateur de l’informatique moderne se suicide en 1954 à l’âge de 42 ans en croquant une pomme trempée dans du cyanure. Une pomme entr’aperçue dans Blanche Neige et les 7 nains, une pomme devenue le logo universellement connu des ordinateurs Macintosh.

Enfance et premier amour

  Alan Mathison Turing naît le 23 juin 1912 à Londres. Son père est collecteur d’impôts aux Indes, sa mère restée en Angleterre, élève ses quatre enfants. Le jeune garçon ne brille guère par ses résultats scolaires : même s’il apprend seul à lire en un mois grâce à La lecture sans larmes, ce sont les chiffres qui le fascinent. La public school qu’il fréquente à Sherborne est identique à toutes les écoles anglaises : la discipline y est stricte, les bizutages inévitables et les plus petits au service de leurs aînés. Ses professeurs reprochent à Alan ses cahiers couverts de ratures et de tâches, son individualisme, son manque d’esprit de corps. Plus d’une fois, il est surpris en cours d’instruction religieuse à tenter de résoudre un problème de maths.

C’est à l’internat qu’il fait la connaissance de Christopher Morton, un garçon de son âge, au physique frêle. A quinze ans, ils partagent les mêmes passions : l’astronomie, les mathématiques, la théorie quantique. Alan est amoureux et c’est avec inquiétude qu’ il voit partir Chris pour de longues semaines d’absence avant de revenir le teint encore plus pâle. La rencontre avec Christopher provoque surtout chez le brouillon Alan le désir de faire aussi bien que son ami plus rigoureux.

Christopher Morton meurt à 19 ans. Alan, seul au King’s College de Cambridge, demande à Mrs Morton une photo de son fils afin de se souvenir à jamais de l’excellence de son ami.

Une machine universelle, Enigma et une pomme

Eté 1935. Dans un pré où il se repose, l’idée vient à Turing d’une « machine universelle », sorte de cerveau électrique, opérationnelle dans le cas de toute fonction mathématique calculable. Difficile de résumer les principes de la machine de Turing mais elle est sans conteste l’ancêtre de tous les ordinateurs d’aujourd’hui, des plus simples aux plus complexes. A l’époque, son mérite d’Alan est d’autant plus grand qu’Alan travaille seul, loin des grands centres de recherche américains qui, une dizaine d’années plus tard, mettront au point la toute première génération d’ordinateurs.

Octobre 1938, Cambridge. Turing assiste à la projection de Blanche Neige et les 7 nains (quand Hitler se fera projeter le premier long métrage de Disney, il reconnaîtra la définitive supériorité américaine). Alan retient surtout la scène où la méchante sorcière trempe la pomme dans le bouillon empoisonné. Il ne cessera plus de fredonner la complainte : « Dip the apple in the brew/Let the sleeping death seep through ».

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Turing est chargé au sein du Bureau de décryptage britannique, installé à Bletchley Park, de casser les codes utilisés par la marine allemande. Après avoir tâtonné un temps, il parvient à décrypter le code Enigma utilisé par l’Amirauté du Reich pour communiquer avec ses sous-marins sillonnant l’Atlantique. Il est probable que sans cette découverte majeure, l’Angleterre aurait fini par capituler étouffée par le blocus allemand. Le génie de Turing est reconnu par Churchill qui le charge de mettre au point le système de communication ultra secret qui lui permettra de communiquer avec le président Roosevelt. Pour l’occasion, Turing séjourne aux Etats-Unis où il rencontre Claude Shannon, fondateur de la théorie de l’information et inventeur du fameux bit, alternance de 0-1 définissant l’unité d’information de tous les ordinateurs.

C’est aussi pendant la guerre qu’Alan formule son unique demande en mariage : elle s’appelle Joan Clarke et lui apprend à tricoter ; il lui offre Tess d’Uberville et lui avoue son goût pour les garçons. Ils resteront amis. Excentrique et rêveur, Turing inquiète son voisinage quand il se promène à vélo le visage protégé d’un masque à gaz de l’armée. Nulle attaque aérienne en vue… c’est le rhume des foins qui menace. Ou quand il refuse de signer sa pièce d’identité parce que sur le document est inscrit : « toute mention manuscrite est interdite ».

« Ce qui m’intéresse, écrit-il alors, n’est pas de mettre au point un cerveau puissant, rien qu’un cerveau médiocre, dans le genre de celui du président de l’American Telephone and Telegraph Company. » Pierre après pierre, ses recherches mathématiques précisent le futur immédiat de l’ordinateur.

Victime de la loi qui a déjà condamné Oscar Wilde

Absorbé par ses recherches, Turing n’accorde guère de temps à sa vie privée. A Cambridge, il connaît bien quelques histoires avec des étudiants mais la « vie conjugale » n’est pas son fort. Alors de temps à autre, il se met en chasse, se rend sur Oxford Street à Manchester où faisant mine de contempler les vitrines, il scrute le reflet des garçons qui passent. Est-il possible d’aborder celui-ci ? Acceptera-t-il une invitation à dîner ? Dans l’Angleterre des années 50, draguer dans la rue est loin d’être évident. C’est pourtant ainsi qu’il fait la connaissance d’Arnold Murray.

Alan propose de l’argent, Arnold se défend d’être vénal. Pourtant le lendemain, de l’argent manque dans son portefeuille. Un jour, Turing découvre que son appartement a été cambriolé. Rien de bien important n’a disparu, le mathématicien se rend cependant au commissariat et dépose plainte. Autant dire se jette dans la gueule du loup…

Alan apprend d’Arnold le nom du cambrioleur, renseigné par lui. Pendant la nuit, il dissimule le verre dans lequel a bu Arnold afin de comparer les empreintes avec celles laissées par le prétendu voleur. Au commissariat, il s’embrouille dans ses déclarations… trop tard, les empreintes sur le verre sont bien identifiées comme appartenant à un certain Harry, connu de la police. Arrêté, le voleur dit avoir été informé par Arnold qui « faisait des trucs chez Alan ».

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  Quels « trucs « demande la police à Alan Turing qui sans honte reconnaît « une histoire avec Arnold ».
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  Quel genre d’histoire demande la police ?
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  Attouchements, masturbation, 69, répond Turing.

Le savant rédige lui-même le rapport de cinq pages dans lequel il raconte sans le moindre remords sa relation homosexuelle. Et sûr d’avoir fait ce qu’il convient de faire, il offre même du vin aux policiers !

Le « crime » tombe sous la loi. Qualification : « Gross Indecency contrary to Section 11 of the Criminal Law Amendment Act 1885 ». Il s’applique à n’importe quel adulte mâle, quelque soit son âge, sa situation sociale, que l’affaire se soit passée dans un lieu public ou privé. La même loi condamnait Oscar Wilde soixante ans plus tôt ! Turing a surtout le tort de croire que l’homosexualité ne sera bientôt plus considérée comme un délit et qu’en conséquence, il n’encourt pas de peine.

Quand à la même époque, le rapport Kinsey, vaste enquête sur la sexualité des Américains (qui révèle notamment que l’homosexualité concerne une partie non négligeable de la population), parvient en Europe, les prudes Britanniques prennent ces révélations comme une vulgaire extravagance américaine. Par bien des aspects, Alan Turing est un homosexuel typique de son temps. Kinsey l’a remarqué : il y a d’énormes conflits chez les plus jeunes à vivre leur homosexualité, mais l’affirmation homosexuelle va croissante avec l’âge. Ce n’est qu’après la trentaine que Turing sort du monde clos de King’s College pour draguer dans la rue.

The case of Regina v. Turing and Murray est jugé le 31 mars 1952. Les deux accusés plaident coupables bien que Turing ne s’estime « coupable de rien ». Le verdict tombe et Turing doit choisir : pour éviter la prison et poursuivre ses travaux, il doit se soumettre à une période probatoire (un an) au cours de laquelle il est tenu de suivre une organothérapie, autrement dit une castration chimique. Un tel traitement à base d’oestrogène est sensé réduire sa libido et pourquoi pas réorienter sa sexualité « dans le droit chemin ».

« Plonge la pomme dans le brouet Et laisse le sommeil de Mort l’imprégner »

La justice n’a pas jugé bon de proposer à Turing une psychothérapie. C’est de lui-même qu’il entame une psychanalyse auprès de Franz Greenbaum, élève de Jung, juif allemand réfugié en Angleterre en 1939. Pour ses dernières vacances, Turing voyage à Corfou et en Scandinavie, toujours à la recherche de rencontres masculines. En pleine guerre froide, ses employeurs – probablement les services secrets – voient d’un très mauvais oeil de tels séjours. Au printemps 1954, dans une fête foraine, il consulte une diseuse de bonne aventure, en ressort la mine défaite pour se taire dans les semaines qui suivent. Le 7 juin 1954, jour de la Pentecôte, il croque une pomme qu’il a préalablement trempée dans une solution de cyanure. Sa femme de ménage le découvre le lendemain, allongé sur son lit, l’écume aux lèvres. Retour de la complainte : « Dip the apple in the brew/Let the sleeping death seep through ».

La pomme

L’inscription au casier judiciaire mêlait affaire de cambriolage et sodomie. En pleine guerre froide, les services secrets occidentaux savent comment les Soviétiques utilisent l’homosexualité pour « approcher » certains sujets. Turing devient un maillon faible aux yeux de ses « employeurs ». Il ne s’en livre à personne, mais « l’affaire Arnold » l’empêche probablement de poursuivre ses recherches dans les meilleures conditions.

Des années plus tard, les fondateurs (Steve Jobs, Ron Wayne, Steve Wozniak) d’une petite société promise à un grand avenir, baptise Apple le premier ordinateur qu’ils fabriquent. Le logo, dessiné par Rob Janoff, représente une petite pomme entamée. Dans le milieu encore étroit de l’informatique naissante des années 70, beaucoup y reconnaissent une référence au destin tragique de Turing. Plus tard quand Apple connaîtra le succès que l’on sait, la légende sera revue : la pomme deviendra une sorte de private joke, anodine référence aux années de galère des fondateurs de la société.

Mais cette petite pomme croquée, elle turlupine. A la contempler, là sur chaque ordinateur. Ne faut-il pas mieux y voir une histoire de méchante sorcière et la vie d’un jeune homme qui invente l’ordinateur avant de succomber aux préjugés de son temps. Un temps pas si lointain…

À lire : Andrew Hodges, Alan Turing, The Enigma, 1983, réédition en 1983 chez Vintage. La traduction française, dans la Bibliothèque scientifique des éditions Payot (1988), est épuisée.

Rencontre avec Jean-François Peyret autour de Alan Turing

Jean-François Peyret est metteur en scène, auteur, traducteur et universitaire. De 1984 à 1994, il travaille avec Jean Jourdheuil : Paysage sous surveillance (1987), La Route des chars (1988), Hamlet-Machine (1990), les Sonnets de Shakespeare (1990), La Nature des choses (1991), Cabaret Valentin-Fantaisies Kafka (1993). En résidence à la MC 93, il inaugure les « Traités des passions » placés sous le signe de philosophe (Pascal), dramaturge (Racine), écrivain (Goethe), musicien (Beethoven), scientifiques (Jean-Didier Vincent, Turing aujourd’hui). Avec ce dernier spectacle, le metteur en scène confronte le théâtre aux défis de l’intelligence artificielle.

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  En quoi les travaux de Turing sont-ils importants ?

Ce qui se joue chez Turing est : est-ce que toute pensée est réductible à une pensée logique ou est-ce qu’il y a une pensée qui serait liée à autre chose (comme la langue, la chair…). D’une certaine manière, Turing fixe les limites de l’ordinateur moderne.

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  Mêler théâtre et science paraît entreprise difficile ?

Il y a quelque chose qui m’intéresse qui est de prendre en compte un certain nombre des révolutions intellectuelles de la science moderne. Au théâtre, on a l’impression d’en être resté à Newton. La difficulté avec des sciences comme la mécanique quantique, c’est que cela donne le vertige. C’est peut-être au fond une vieille problématique brechtienne qui serait de rêver à un théâtre contemporain de l’ère scientifique.

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  Le choix d’Alan Turing s’impose-t-il d’emblée ?

Il y a d’abord la biographie d’un type fascinant. Et puis ce qui m’intéresse avec les travaux de Turing, c’est de les envisager d’un point de vue poétique : comment inventer des formes qui se ressentent des révolutions scientifiques qu’il impose. Evidemment, ce n’est pas un hasard parce que, d’une part, il y a été un grand mathématicien et, d’autre part, il connaît un destin très particulier. Ce qui m’intéressait était d’articuler le récit de ce destin avec ce qu’il a pensé. Pas sur un mode psycho-biographique, en disant ceci explique cela.

La question se pose : Turing n’est-il pas à sa manière un mythe contemporain. Celui d’un homme qui fait le choix de l’artifice, c’est-à-dire de construire un cerveau artificiel, affranchi du corps et des différences sexuelles, une manière de sortir de la prison du corps et être finalement rattrapé par lui. La vie de Turing toute entière est placée sous le signe de l’énigme.

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  Par ses travaux scientifiques et son affirmation homosexuelle, Turing amène un certain respect ?

Bien sûr, mais tout cela est compliqué. Il y a une sorte d’incomplétude sexuelle chez Turing – en dehors de la question homosexuelle qui n’a rien à voir. Je ne saurai dire où Turing est le plus fascinant. Je n’arrive pas à l’imaginer de manière réaliste, psychologique. Par exemple, il me semble impossible de faire un film de son histoire, de trouver un acteur qui lui ressemble. C’est une histoire à la Pasolini, celle d’un type qui tombe dans la gueule du loup, est victime de « ces cochons d’anglais » et finit comme un suicidé de la société.

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  Vous vous intéressez d’abord à ses découvertes mais n’évacuez pas pour autant sa vie privée.

Il y a cela dans son travail : si on ne parle pas de sa sexualité, il y a quelque chose qui marche peut-être, mais la sexualité finit par revenir. C’est vrai qu’il y a quelque chose d’énigmatique sans que ce soit de l’ordre de l’identification… Car je ne comprends pas les mathématiciens, je ne suis pas anglais, je ne suis pas homosexuel. Donc finalement je ne suis pas très armé pour comprendre ce jeune homme qu’est Turing et qui m’agace depuis un moment. Peut-être que notre théâtre peut en parler justement parce qu’il n’est pas psychologique.

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  La petite pomme d’Apple/Macintosh est-elle vraiment liée au suicide de Turing ?

Les fondateurs de Macintosh disent maintenant que c’est parce qu’ils étaient pauvres et qu’ils ne mangeaient que des pommes [une autre version circulant sur Internet explique que Steve Jobs aurait baptisé le premier ordinateur qu’il conçoit un « Apple » en souvenir du temps où il cherchait la révélation dans le verger d’une communauté Hare Krishna !]

La pomme est un symbole plutôt chargé en Occident. Il est évident que pour la génération précédente, cette pomme renvoyait à Turing, mais ce n’était pas très vendeur, un logo lié à un suicide. De toutes façons, il est difficile de ne pas faire le rapprochement.

 L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard, journaliste disparu le 15 novembre 2006, à l’âge de 42 ans

Article paru dans le magazine Têtu en 2006
Les répétitions du spectacle filmées en vidéo, ainsi que de nombreux liens vers des sites consacrés à Alan Turing, sont consultables sur www.tf2.asso.fr.

Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard," in Laure Pouliquen Officiel, 21/04/2017, https://laurepouliquen.fr/lenigme-alan-turing-le-mathematicien-et-blanche-neige-par-jean-philippe-renouard/.
Au-delà de nos limites biologiques, Entretien avec Miroslav Radman

Au-delà de nos limites biologiques, Entretien avec Miroslav Radman

Rêve ou cauchemar ? Depuis deux siècles, nous gagnons chaque année trois mois d’espérance de vie. Dans un avenir plus proche qu’on ne l’imagine, nous pourrons vivre cinquante, cent ans de plus. Discrètement, une équipe de chercheurs français a découvert les secrets de la longévité. Pour la première fois, celui qui la dirige nous raconte l’histoire de cette découverte qui va révolutionner l’humanité et relancer l’espoir de vaincre enfin le CANCER.

Miroslav Radman est l’un des papes de la biologie moléculaire, l’un des plus grands explorateurs des mécanismes de la réparation de l’ADN.

Professeur de biologie cellulaire à la faculté de médecine de l’université René-Descartes, membre depuis 2002 de l’Académie des sciences, grand prix Inserm 2003 de la recherche médicale, récompensé par une douzaine de prix scientifiques dont le prix européen FEMS André Lwoff 2011 pour ses contributions exceptionnelles en microbiologie, donnant des conférences dans le monde entier, publiant dans les plus grandes revues scientifiques internationales, ce Franco-Croate de 70 ans dirige également, à Split, un institut international des sciences de la vie. Vivre jusqu’à 150 ans en pleine forme, c’est ce que propose le chercheur Miroslav Radman. Fils d’un pêcheur croate, ce biologiste de 67 ans est convaincu qu’il est possible de prolonger la vie humaine en bonne santé, bien au-delà de ce qui est imaginable aujourd’hui. Souvent présenté comme un Christophe Colomb de la science, Miroslav Radman cherche là où les autres ne sont pas, et trouve sans savoir exactement ce qu’il cherche.

Pour lui la recherche scientifique relève d’une démarche artistique caractérisée par la créativité et la liberté d’esprit. Ayant découvert à 23 ans les principes de la mutagenèse, il en déduit quelques années plus tard une théorie sur le système de réparation de l’ADN, aujourd’hui dans tous les livres de biologie… A la recherche du secret de l’immortalité, il se passionne aujourd’hui pour l’étude des organismes ultra résistants dont une étrange bactérie : Deinococcus radiodurans, la bactérie du corned-beef, découverte en 1956 dans des conserves de viande stérilisées à coups de rayons gamma. Depuis que cette bactérie l’a mis sur le chemin d’un éventuel élixir de jouvence pour l’homme, le chercheur sollicite toutes les instances nationales et européennes de la recherche afin de trouver des financements pour poursuivre ses travaux. De l’Institut Necker où se trouve son laboratoire au Jardin des Plantes à Paris, Miroslav Radman nous invite à mieux comprendre ce projet à la fois fou et très sérieux :

« J’étudie comment la vie résiste aux changements en changeant elle-même, et cela concerne le vieillissement, le cancer, l’évolution des espèces » Miroslav Radman.

Production : Lucie Sarfaty

Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "Au-delà de nos limites biologiques, Entretien avec Miroslav Radman," in Laure Pouliquen Officiel, 31/01/2017, https://laurepouliquen.fr/au-dela-de-nos-limites-biologiques-entretien-avec-miroslav-radman/.

 

L’espérance de vie se lirait sur les visages

L’espérance de vie se lirait sur les visages

Le site internet Face My Age serait capable de calculer l’âge perçu d’un visage et d’évaluer son espérance de vie.

Face My Age exploite un stock de plus de 220.000 images de visages envoyées par des particuliers. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Face My Age exploite un stock de plus de 220.000 images de visage

Face My Age exploite un stock de plus de 220.000 images de visages envoyées par des particuliers. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Il resterait 4.518 jours à vivre à Mick Jagger

Utilisant un algorithme conçu par Jay Olshansky, biodémographe à l’université de l’Illinois à Chicago (États-Unis), et Karl Ricanek, spécialiste en biométrie et reconnaissance faciale à l’université de Wilmington en Caroline du Nord (États-Unis), ce site calcule l’ »âge perçu » d’un visage et, in fine, l’espérance de vie !

À en croire le site, à qui nous avons soumis une photo de la star, le leader des Rolling Stones aurait ainsi 42,2 % de chance de passer les 85 ans et il lui resterait 4.518 jours à vivre…

Mick JAGGER

Mick JAGGER

© Face My Age

Face My Age exploite un stock de plus de 220.000 images de visages envoyées par des particuliers. Il suffit d’indiquer quelques informations de base (âge, sexe, éducation, fumeur ou pas, chirurgie esthétique ou pas, usage de drogue…) et l’algorithme scrute 250 points (yeux, front, nez, joues, bouche, menton…) repérant la moindre ride. Le tout est comparé à des profils similaires de la base de données. Et le verdict tombe.

L’algorithme n’est qu’un prototype. « À terme, les internautes verront à quoi ils ressembleront dans 20 ou 40 ans », ajoute Karl Ricanek. Les deux chercheurs espèrent inciter les gens à modifier leur hygiène de vie, « sans pour autant faire du diagnostic médical ».

Ils travaillent aussi à un logiciel pour les assureurs. On imagine sans peine son utilité pour relever les primes des clients les moins vigoureux…

source : http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20141014.OBS2017/l-esperance-de-vie-se-lirait-sur-les-visages.html

Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "L’espérance de vie se lirait sur les visages," in Laure Pouliquen Officiel, 18/10/2016, https://laurepouliquen.fr/lesperance-de-vie-se-lirait-sur-les-visages/.
Naissance des Idées By Cédric Villani

Naissance des Idées By Cédric Villani

NAISSANCE DES IDÉES BY CÉDRIC VILLANI

Cédric Villani est un mathématicien de renommée mondiale, l’un des meilleurs spécialistes des équations de la théorie cinétique des gaz et des plasmas, et du transport optimal. Ancien élève de l’École normale supérieure de Paris, il a reçu en 2010 la Médaille Fields, la plus prestigieuse des récompenses du monde mathématique. Après avoir occupé des postes à Atlanta, Berkeley et Princeton et à l’École normale supérieure de Lyon de 2000 à 2009, il est actuellement professeur à l’Université de Lyon et directeur de l’Institut Henri Poincaré à Paris. Vulgarisateur scientifique hors pair, il aime partager sa passion avec enthousiasme et humour.

Il est très difficile de prédire l’avenir, même à l’horizon 2030, nous prévient d’emblée Cédric Villani.

« La prédiction est difficile, surtout quand il s’agit de l’avenir »

En 1900, Henri Poincaré, interrogé sur la science au 20e siècle, déclarait : « Vous me demandez comment sera la science du 20e siècle ? Je crois que l’on fera des découvertes surprenantes. Je n’en dirai pas plus, précisément parce qu’elles seront surprenantes. »

Provoquant des rires dans l’assistance, Cédric explique qu’il pourrait s’arrêter la et dire que sa tache est remplie après avoir reprit Poincaré, 100 ans après sa mort.

Pourtant Cédric Villani veut aller plus loin. Précisément puisque l’on fera des découvertes surprenantes, c’est qu’on aura des idées ingénieuses. Or, les idées peuvent changer le monde !

Comment naît une idée ?

La naissance d’une idée est une aventure, que l’on poursuit selon un chemin tortueux, avec des rebonds, des hauts et des bas. Les périodes de travail intenses sont faites d’illumination et de déception jusqu’au jour de l’éclosion de l’idée.

Poincaré dit que face a une difficulté, on progresse parfois par un travail acharné, parfois par une illumination soudaine et imprévisible, lors d’une promenade en autobus ou le long d’une falaise.

Cédric Villani s’adresse alors aux jeunes de l’audience : « Quand vous avez un devoir de mathématique rebelle à terminer, et que vos copains vous attendent pour faire la fête en boite de nuit, essayez auprès de vos parents la méthode Poincaré !

Le cerveau du mathématicien raisonne par des approximations, des analogies, des émotions ! Parce que c’est rapide, et qu’a l?époque ou nous devions réagir vite pour sauver notre vie, les émotions fonctionnaient mieux que tout.

Si les idées sont si importantes, il faut les étudier ! Quelle est la recette pour faire une idée?

Bien-sûr il vous faut un cerveau en bon état de fonctionnement, mais aussi de nombreux ingrédients.

– De la documentation, des sources d’information.

– De la motivation !


Un environnement de vie propice. Par exemple une ville ou il fait bon étudier, un environnement qui vous inspire, qui est chargé d’histoire.

– Les échanges, les contacts avec les autres. La transmission des valeurs et des idées. Il faut des échanges pour démarrer des projets, il en faut aussi pour les faire progresser…

– Les contraintes, la contrainte comme élément de création comme le fameux roman de George Perec sans la lettre « E »

– Le travail un dosage savant de travail dur et d’illumination inexpliquée.

– Enfin, le dernier ingrédient : La persévérance et la chance. La plupart des idées ne marche pas. A peine 1% des brevets s’avéreront rentables. C’est le phénomène de la corbeille à papier.

Enfin la mission ne sera complète que si l’on peut partager les idées, les publier, les présenter librement, ce qui fait débat actuellement. Pour le bien et le mal, la grande idée est limitée par les habitudes humaines.

Publications :

VILLANI Cédric. Théorème vivant*. *Grasset, 2012.

VILLANI Cédric. Optimal Transport, Old and New. Springer-Verlag, 2008.

VILLANI Cédric. Topics in Optimal Transport. American Mathematical Society, 2003.
Source : TEX

 

Jacques Benveniste et la Mémoire de l’Eau

Jacques Benveniste et la Mémoire de l’Eau

Benveniste_Quemoun-by Laure Pouliquen (2003)

Benveniste_Quemoun-by Laure Pouliquen (2003)

Décédé en octobre 2004, Jacques Benveniste, chercheur à l’Inserm, disait avoir découvert la mémoire de l’eau. Après un contact avec une molécule, l’eau garderait en son absence ses propriétés. C’était contraire à tous les dogmes scientifiques, et Benveniste fut mis au ban. Mais le prix Nobel de médecine Luc Montagnier a repris ses recherches après avoir fait un constat surprenant. L’ADN du virus du sida, dont il est le découvreur, émettrait des ondes que l’eau enregistrerait et qu’elle serait capable de réémettre, au point, dans certaines conditions, de pouvoir reconstituer cet ADN. L’eau aurait donc bien une mémoire ! L’homme étant composé à 70 % d’eau, cette découverte remettrait en cause l’approche médicale actuelle, sur le plan du diagnostic comme sur celui de la thérapie. Le film témoigne des plus récentes expériences et raconte l’émergence de ce qui sera peut-être une révolution en matière de santé.

Lire aussi : http://www.amessi.org/Jacques-BENVENISTE-Oeuvre-et-Biographie

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Planck :  la première lumière de l’Univers

Planck : la première lumière de l’Univers

Planck livre une nouvelle carte de l’Univers

Le satellite Planck vient de livrer sa toute dernière carte de l’Univers. Elle montre le rayonnement fossile, la plus ancienne lumière du cosmos, mais avec cette fois une nouvelle donnée : la polarisation de ces rayonnements.

En 1900, Max Planck découvre la loi spectrale du rayonnement d’un corps noir (publiée en 1901) en essayant de réconcilier la loi de Rayleigh-Jeans qui fonctionne aux grandes longueurs d’ondes (basses fréquences) et la loi de Wien qui fonctionne aux petites longueurs d’ondes (hautes fréquences). Il estime que sa propre fonction correspondait remarquablement bien aux données pour toutes les longueurs d’ondes.

La correction de la loi de Rayleigh-Jeans est particulièrement importante, car elle est construite sur une base théorique forte : la thermodynamique telle qu’elle était connue à l’époque ; mais souffre d’un défaut majeur aux longueurs d’ondes courtes : la catastrophe ultraviolette. Ce point suggère que la thermodynamique est fausse. Planck essaye donc de produire une nouvelle théorie fondamentale destinée à remplacer la thermodynamique.

La loi de Rayleigh-Jeans et la loi de Planck utilisent le théorème d’équipartition et font correspondre un oscillateur à chaque fréquence. Rayleigh suppose que tous les oscillateurs sont également excités, sa loi prédit que les oscillateurs de très courtes longueurs d’ondes sont fortement excités même à température ambiante.

Planck déduit sa loi de façon empirique. Il la justifie en postulant que l’énergie émise ou absorbée par les oscillateurs ne se fait que par petits paquets d’énergie E.  Ces paquets seraient directement reliés à la fréquence des oscillations selon la formule qu’il expose le 14 décembre 1900 :

Planck_formule

où :

ℎ est la constante de Planck ;
ν est la fréquence du rayonnement électromagnétique.

Cette hypothèse permet de limiter l’excitation des oscillateurs aux courtes longueurs d’ondes, puisqu’ils ne peuvent absorber qu’une énergie au moins égale à

h\nu
.

Max Planck en 1933

Bien qu’il soit facile maintenant d’interpréter cela en termes de quantification de la lumière en photons, Planck ne propose pas cette quantification. Cela apparaît clairement dans son article de 1901, dans les références qu’il y donne sur le travail qu’il a effectué sur le sujet, ainsi que dans ses Vorlesungen über die Theorie der Wärmestrahlung (Cours sur la théorie du rayonnement thermique, éditées en 1906 à Leipzig) où il explique que sa constante concerne les oscillateurs.

À l’époque, cette relation n’est considérée que comme un artifice de calcul mathématique. L’idée de quantification est développée par d’autres, notamment Einstein qui en étudiant l’effet photoélectrique propose un modèle et une équation dans lesquels la lumière est non seulement émise mais aussi absorbée par paquets ou photons. C’est l’introduction de la nature corpusculaire de la lumière.

 

 À propos de cette vidéo

  • Titre original : Planck : la première lumière de l’Univers
Année de production : 2015
Durée : 6 min 35
Réalisateur : Véronique Kleiner et Nicolas Baker
Producteur : CNRS Images
Intervenant(s) : Cécile Renault, laboratoire de physique subatomique et de cosmologie (LPSC)
Karim Benabed, institut d’astrophysique de Paris (IAP)
Nabila Aghanim, institut d’astrophysique spatiale (IAS)
Journaliste(s)
Thomas Ebbesen, chercheur de lumière

Thomas Ebbesen, chercheur de lumière

« 2015, Année internationale de la lumière et des techniques utilisant la lumière »

« Tenter de planifier des découvertes est un non-sens. Toute vraie découverte est faite par accident, dans le cadre de la recherche fondamentale. » Le Franco-Norvégien Thomas Ebbesen, administrateur de l’Institut d’études avancées de Strasbourg (Usias), est l’illustration parfaite de ce qu’il avance. En septembre 2014, ce physico-chimiste à l’allure élégante a reçu le prestigieux prix Kavli, catégorie « nanosciences », pour avoir mis en évidence, de manière toute à fait fortuite, des propriétés de la lumière jusqu’alors insoupçonnées.

Que la lumière soit !

Après son diplôme d’Oberlin, une thèse de doctorat sur la photosynthèse artificielle à l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris) et un post-doctorat au Notre Dame Radiation Laboratory (Indiana), sa carrière le mène à l’université Tsukuba, au Japon, où il est rapidement recruté par la société privée NEC qui cherche alors de jeunes talents pour son laboratoire de recherche fondamentale. « Les conditions de travail étaient extraordinaires, se souvient Thomas Ebbesen, le visage constamment animé d’un sourire. Nous jouissions chez NEC des gros moyens financiers du privé, mais avions une grande liberté, comme si nous étions dans un institut public. Nous pouvions y mener absolument toutes les recherches que nous souhaitions. »

Un jour de 1989, il tombe sur un article du physicien Serge Haroche (Prix Nobel 2012) décrivant l’électro-dynamique quantique en cavité. Puisqu’il est « curieux comme un enfant », comme nous a confié son épouse, il décide de mener lui-même une expérience sur le sujet et demande à un collègue de lui confectionner des nano-éprouvettes. Comprenez : une microscopique plaque de métal percée d’un réseau de trous de chacun 300 nanomètres de diamètre espacés régulièrement, le tout assemblé sur une plaque de verre.

Surprise immédiate : la lumière traverse le dispositif. Comment est-ce possible ?

Les trous sont en effet plus petits que la longueur d’onde de la lumière visible. Les ondes de cette dernière, dont la longueur varie de 400 à 700 nanomètres (nm) du violet au rouge, devraient normalement se heurter aux trous de 300 nm et rester bloquées derrière la plaque. Interdit, tout comme ses collègues, qui restent sans voix, Thomas Ebbesen multiplie les vérifications, mais la lumière s’obstine à traverser la plaque. Plus troublant encore : elle semble traverser une aire trois fois plus grande que celle occupée par les trous, comme si elle parvenait à franchir le métal !

Huit ans pour percer le mystère

Huit années durant, le chercheur va s’évertuer à percer ce mystère, en même temps qu’il mène d’autres types de recherches au sein de NEC. Sans relâche. « J’avais suffisamment d’expérience pour savoir que je ne faisais pas d’erreur de manipulations, raconte-t-il. Par ailleurs, certains collègues, comme Shunji Kishida, n’ont eu de cesse de m’exhorter à continuer, à ne pas me décourager. »

Je dis toujours à mes étudiants qu’ils ont encore bien des choses à découvrir dont on n’a pas la moindre idée aujourd’hui

Grand bien leur en a pris. Car, grâce à leur soutien et à l’entêtement de Thomas Ebbesen, le curieux phénomène est aujourd’hui bien compris : le réseau de trous se comporte en réalité comme une antenne. En effet, sur la surface conductrice – la plaque de métal –, les électrons libres se rassemblent aléatoirement en groupes appelés plasmons. Ces plasmons se calent sur le rythme du réseau, c’est-à-dire l’espacement entre les trous. On dit qu’ils entrent en résonance avec lui. Tout ce passe alors comme si ces plasmons formaient une loupe au-dessus de chaque trou : ils concentrent les photons qui tombent sur les trous et les réémettent.

« Si, au départ, la probabilité qu’un photon passe entre les trous est très faible, les “loupes” augmentent fortement cette probabilité, résume le physicien. La concentration est telle qu’on se retrouve avec plus de lumière transmise que ne l’autorise la seule surface occupée par les trous. » De l’amélioration de la qualité des lasers à l’augmentation du rendement des fibres optiques, les applications industrielles de cette découverte sont évidemment très nombreuses…

Une nouvelle propriété de la lumière découverte à la fin des années 1990, alors même que l’on croyait tout savoir sur cette messagère depuis des décennies ! Lors du discours de Thomas Ebbesen à la remise du prix Kavli, les lauréats de la catégorie « astrophysique », qui utilisent la lumière pour sonder l’Univers, en étaient très surpris… « Je dis toujours à mes étudiants qu’ils ont encore bien des choses à découvrir dont on n’a pas la moindre idée aujourd’hui, ajoute-t-il.  D’ailleurs, Richard Feynman, selon moi un des plus grands physiciens du XXe siècle, avait apparemment dit que “si la sphère des connaissances augmente, la frontière de ce que l’on ne connaît pas augmente encore plus vite !” »

D’ailleurs, après sa découverte sur les réseaux de trous, Thomas Ebbesen n’a jamais cessé d’explorer l’inconnu. Il est aujourd’hui lauréat de plusieurs distinctions prestigieuses en plus du prix Kavli (dont le Agilent Europhysics Prize, pour ses travaux sur les nanotubes) et codétenteur d’une trentaine de brevets. À tout juste 60 ans, il n’a pas l’intention de s’arrêter là. « Actuellement, je travaille sur les états hybrides lumière-matière, et je m’amuse comme je ne me suis jamais amusé de ma vie ! », lance-t-il en riant.

L’histoire se répète : c’est après relecture du même article de Serge Haroche, dont les travaux, comme ceux de Claude Cohen-Tannoudji, sont pour lui source d’inspiration, qu’il commence à jouer à ce nouveau jeu : « Avec mes équipes, nous sommes parvenus à changer les propriétés de la matière (la conductivité, la vitesse d’une réaction chimique…) en plaçant des molécules sur un réseau de nano-trous ou en utilisant des miroirs, explique-t-il. Nous n’avons même pas besoin de lumière : les fluctuations quantiques du vide, celles-là mêmes qui sont peut-être en partie à l’origine de l’énergie noire, se chargent de faire entrer la matière en résonance avec le réseau, un phénomène qui a pour effet de modifier les molécules. » De belles publications en perspective… Et une autre belle démonstration, s’il en fallait encore une, que toute vraie découverte procède, non pas d’une recherche appliquée, téléguidée, mais de la simple soif de comprendre. Celle des grands enfants.chercheur

Coulisses

Le sujet de recherche de Thomas Ebbesen est à l’honneur cette année : l’Organisation internationale des Nations Unies (ONU) a en effet proclamé « 2015, Année internationale de la lumière et des techniques utilisant la lumière » (AIL2015). L’idée est de sensibiliser le public à la capacité des techniques utilisant la lumière, de contribuer au développement durable et d’apporter des solutions à de grands défis contemporains comme celui de l’énergie. Le CNRS est partie prenante du comité national d’organisation. Il sera notamment présent à Lyon en décembre 2015, lors d’un événement organisé dans le cadre de la Fête des Lumières.

Toutes les infos sont sur www.lumiere2015.fr
source : cnrs.fr par Louise Mussat

 

Miroslav Radman, il a découvert le secret de la longévité

Miroslav Radman, il a découvert le secret de la longévité

* Miroslav RADMAN, ’un des plus grands spécialistes de l’ADN, est intervenu pour dispenser une conférence intitulée « Au-delà de nos limites biologiques : Augmenter la longévité en bonne santé »  lors du Séminaire organisé par l’ADNO (Président, Dr Dominique RUEFF, que je remercie ici au passage) le samedi 22 novembre 2014 à Paris, ayant pour thème « DE LA LONGÉVITÉ à L’ÉTERNITÉ », j’ai eu le plaisir de rencontrer ce scientifique, un homme charmant, doté d’une grande finesse d’esprit et d’une intelligence hors du commun, je ne manquerai pas de suivre avec grand intérêt l’évolution de ses précieuses recherches sur la longévité humaine [Laure POULIQUEN]

* Prolonger notre existence de cent ans, c’est le défi de Miroslav Radman, l’un des plus grands généticiens de la planète

« Ce matin, en vous levant, vous ne saviez pas que vous alliez vivre six heures de plus », nous lance d’entrée de jeu Miroslav Radman. Devant nos mines interloquées, le chercheur en génétique moléculaire enchaîne : « Sans que l’on sache pourquoi ni comment, l’espérance de vie de l’espèce humaine rallonge de six heures par jour. Et l’on peut accélérer le processus ! » Tignasse en bataille et faux air de Pedro Almodovar, le professeur Radman est l’un des plus grands spécialistes de l’ADN.
Dans son laboratoire parisien à la faculté de médecine de l’université René-Descartes à Paris, les microscopes électroniques sont alignés comme des batteries de canons sur le pont d’un navire. Ce fils de pêcheur croate, né à Split il y a soixante-sept ans, s’est mis en tête de percer le secret de l’immortalité. Pas moins ! Tel un Christophe Colomb de la science, Miroslav Radman explore la chimie du vieillissement en empruntant de nouvelles routes. Et ce qu’il a découvert pourrait bien révolutionner l’humanité. »J’ai appris à lire à 4 ans, en déchiffrant sur la coque le nom des bateaux qui rentraient au port. Aussitôt, je suis devenu un prince aux yeux de mes tantes illettrées. Je leur lisais les nouvelles dans le journal. » Courtisé par les plus prestigieuses universités américaines, c’est en France que ce surdoué a jeté l’ancre
Après trente ans de recherche au CNRS puis à l’Inserm, Miroslav Radman est convaincu d’avoir trouvé le chemin vers l’élixir de jouvence. « C’est en décortiquant une étrange bactérie que j’ai acquis la conviction qu’il devenait possible de prolonger la vie humaine, en bonne santé, bien au-delà de ce qui est imaginable aujourd’hui. » Une aventure que le biologiste, devenu lui-même immortel depuis qu’il est entré à l’Académie des sciences, raconte dans un livre vivifiant (1), dont Le Point publie en exclusivité les extraits.Cette bactérie qui recèlerait, comme une poignée d’autres bestioles microscopiques, l’arme contre le vieillissement, c’est la « bactérie du corned-beef » découverte en 1956 dans des conserves de viande stérilisées à coups de rayons gamma.

Une coriace capable de résister à des radiations 10 000 fois supérieures à la dose mortelle chez l’homme. Au point que certains se sont même demandé si Deinococcus radiodurans – c’est son nom scientifique – n’était pas venue de l’espace ! Ayant voyagé sur une météorite, elle aurait été irradiée et totalement desséchée, ce qui expliquerait sa phénoménale résistance à la déshydratation. « En plein désert, brûlée par les rayons du soleil, Deinococcus peut, grâce à une seule goutte de pluie, ressusciter des dizaines, peut-être des centaines d’années plus tard », s’enthousiasme le chercheur, dont les yeux pétillants accrochent le regard presque autant que son polo rose fuchsia.

 Quel est le secret de la bactérie du corned-beef ?

« À partir d’un état de mort clinique, elle ressuscite en s’autoréparant grâce à un jeu de deux copies de son génome. Si vous avez sous la main plusieurs puzzles identiques avec des pièces manquantes, vous pouvez en les utilisant tous en faire un qui soit complet. La difficulté est de remettre en ordre des centaines de fragments d’un génome pulvérisé par la radiation, ce que Deinococcus radiodurans parvient à faire en trois ou quatre heures », explique le biologiste en mimant l’opération de ses mains.

 Botte secrète

Les protéines mécanos qui rafistolent le puzzle sont à l’oeuvre dans tous les organismes vivants. Elles devraient donc normalement nous protéger contre la rouille moléculaire provoquée par les radicaux libres. Alors pourquoi ne font-elles pas le boulot chez nous ? « Le problème est que ces protéines sont aussi victimes de la corrosion et deviennent moins efficaces. » La botte secrète de Deinococcus, c’est un cocktail de molécules qui lui permet de blinder ses enzymes réparatrices contre la rouille moléculaire. »Nous disposons aussi d’une protection antioxydante – sans elle nous serions cramés avant même de pouvoir nous reproduire -, mais en quantité insuffisante pour vivre aussi longtemps que nous le souhaiterions. » Une fois les pièges antiradicaux identifiés, le professeur Radman envisage de tester dès que possible cet élixir chez la souris. « Ce sera le grain de sable qui viendra ralentir, sinon arrêter, le tic-tac de notre horloge biologique. 

Depuis deux ans, Miroslav Radman toque à la porte des instances nationales et européennes de la recherche en expliquant qu’il a besoin de 1 à 3 millions d’euros pour poursuivre ses travaux.

« Leur réponse ?

Le vieillissement est un processus très complexe, ce que vous dites est trop simple, ça ne peut pas marcher. Les scientifiques qui siègent dans les instances d’évaluation sont des ultraspécialistes, ils ne comprennent pas pourquoi, à 60 ans passés, je veux changer de sujet de recherche alors que je pourrais prospérer dans le domaine qui m’a fait connaître : la réparation de l’ADN. Le système est hostile aux scientifiques qui refusent de creuser dans le même trou !

C’est pour pallier « l’incompétence des instances d’évaluation responsable du déficit d’innovation en Europe » que Radman a créé à Split l’Institut méditerranéen pour les sciences de la vie, « une ONG qui cultive la liberté de la recherche ».

Chercher là où les autres ne cherchent pas, c’est ce qui intéresse par-dessus tout Miroslav Radman. Une habitude qui remonte à son adolescence, quand, embarqué comme rameur sur le bateau de son père, il partait pêcher dans les zones où les autres n’allaient pas. Plus tard, c’est ainsi qu’il remontera dans ses filets ses trois découvertes, qui figurent aujourd’hui dans les manuels de biologie. « Le dirigisme étouffe la science ; ce n’est pas aux politiques ni aux industriels de fixer un cap aux chercheurs, s’énerve celui qui a grandi dans l’ex-Yougoslavie de Tito. Chaque grande découverte est une surprise aussi pour son découvreur. C’est en partant vers l’Inde que Christophe Colomb a découvert l’Amérique. »

 Nouveau défi

Mais, au fait, à quoi nous servirait de vivre cent cinquante ou cent quatre-vingts ans ? « Cela nous permettrait d’exploiter le fantastique potentiel de notre cerveau ! L’homme a surdéveloppé ses capacités cérébrales, au point qu’aujourd’hui nous mourons avant d’avoir fait fructifier, avec sagesse, tout ce que nous avons appris. La courte durée de vie de l’espèce humaine freine son évolution culturelle. »En attendant de mettre au point son élixir de jouvence, le chercheur planche sur un test qui permettrait, à partir de quelques gouttes de sang, de prédire le destin biologique de chaque individu.

 

« En connaissant le stade de vieillissement de nos cellules et de chacune de nos protéines, on pourrait essayer de mettre en oeuvre un programme de prévention personnalisé qui ralentisse la corrosion de l’organisme. » Un nouveau défi qui, pour Miroslav Radman, n’a rien d’insurmontable. « Quand, à un mille de la côte, mon père lançait la ligne de pêche par-dessus la barque, je devais maintenir l’embarcation exactement au même endroit, malgré les variations infinies des vitesses et des directions du vent et des courants. La complexité de cette tâche n’a jamais trouvé d’équivalent plus tard, même dans mes recherches scientifiques ! »1. Au-delà de nos limites biologiques, de Miroslav Radman, avec Daniel Carton (Plon, 168 p., 18,90 euros).

MIRO_RADMAN

MIRO_RADMAN

 Le club des immortels

Ses admirateurs l’appellent  » Conan la bactérie « , en hommage à son époustouflante robustesse. Exposée aux rayons ultraviolets du soleil, complètement déshydratée,Deinococcus radiodurans peut ressusciter à la première petite goutte de pluie. Tout aussi coriace, le rotifère bdelloïde, un animal microscopique aquatique, résiste aux radiations les plus extrêmes. Leur secret ? Un kit de survie incluant un jeu de copies du génome, des protéines blindées et un mécanisme performant de réparation de l’ADN. La palourde, championne du monde 410 ans, record de longévité animale. La bactérie qui ne meurt jamais  » Deinococcus radiodurans  » est quasi immortelle parce qu’elle arrive à s’autoréparer. Voici la manière dont elle s’y prend pour rafistoler son ADN. :

  • 1. Elle possède un jeu de copies dont elle se sert comme d’un stock de pièces détachées.
  • 2. Après irradiation, les chromosomes de la bactérie sont brisés en fragments d’ADN. Les extrémités de chaque fragment se transforment en extrémités simple brin.
  • 3. Chaque segment s’acoquine avec sa séquence complémentaire qu’il pioche dans un fragment intact provenant d’une autre copie du génome conservée par la bactérie. Le fragment d’ADN abîmé s’insère dans le fragment double brin intact.
  • 4. Tous les morceaux sont utilisés comme modèles et amorces pour initier la synthèse d’ADN.
  • 5. Les segments simple brin ainsi synthétisés se dissocient.
  • 6. Puis s’assemblent et forment des fragments d’ADN double brin.
  • 7.Le chromosome circulaire de la cellule se reconstitue. La synthèse des protéines est à nouveau opérationnelle : la cellule  » cliniquement morte  » refonctionne.

Miroslav Radman – Généticien – Chercheur – biologie moléculaire, Directeur de l’unité Inserm Génétique moléculaire, évolutive et médicale

 Trajectoire d’un surdoué

  • 1944 Naissance à Split, en Croatie.
  • 1966 Diplômé de la faculté des sciences de Zagreb.
  • 1969-1973 Post-doctorant au CNRS et à Harvard.
  • 1981 Professeur associé à l’université d’Orsay.
  • 1990 Directeur de recherche au CNRS.
  • 1992 Grand prix de l’Académie des sciences.
  • 1996 Prend la nationalité française.
  • 1998 Professeur à la faculté de médecine Necker et directeur de recherche à l’Inserm.
  • 2000 Grand prix de la National Academy of Sciences (Etats-Unis) et de l’Académie des sciences.
  • 2002 Entre à l’Académie des sciences.
  • 2003 Grand prix Inserm de la recherche médicale.

 

source : http://www.miroslavradman.com/fr/il-a-d-couvert-le-secret-de-la-long-vit/299
+ VIDÉO :http://www.amessi.org/au-dela-de-nos-limites-biologiques-entretien-avec-miroslav-radman
Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "Miroslav Radman, il a découvert le secret de la longévité," in Laure Pouliquen Officiel, 23/11/2014, https://laurepouliquen.fr/miroslav-radmanil-a-decouvert-le-secret-de-la-longevite/.

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