L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard

L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard

L’énigme Alan Turing, Le Mathématicien et blanche-Neige

 Mathématicien anglais, Alan Turing est l’inventeur de l’ordinateur moderne. En 1954, il se donne la mort d’une étrange manière, peu après avoir été condamné par la justice de son pays à la castration chimique pour avoir entretenu une relation sexuelle avec un autre homme.

Ce destin exceptionnel est le sujet d’une Histoire naturelle de l’esprit (suite et fin), mis en scène par Jean-François Peyret avec Jeanne Balibar et Jacques Bonnaffé, présenté à la Maison de la Culture de Bobigny (MC 93) jusqu’au 1er avril, puis au Théâtre de la Cité à Toulouse du 5 avril au 14 avril.

Grand mathématicien connu pour être à l’origine d’une machine et d’un test portant son nom, tous deux utilisés dans les débats relatifs à l’intelligence artificielle, Alan Turing est également celui qui vint à bout des codes secrets utilisés par l’amirauté allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Parce qu’il choisit de ne pas dissimuler son homosexualité, sa vie est irrémédiablement brisée : le fondateur de l’informatique moderne se suicide en 1954 à l’âge de 42 ans en croquant une pomme trempée dans du cyanure. Une pomme entr’aperçue dans Blanche Neige et les 7 nains, une pomme devenue le logo universellement connu des ordinateurs Macintosh.

Enfance et premier amour

  Alan Mathison Turing naît le 23 juin 1912 à Londres. Son père est collecteur d’impôts aux Indes, sa mère restée en Angleterre, élève ses quatre enfants. Le jeune garçon ne brille guère par ses résultats scolaires : même s’il apprend seul à lire en un mois grâce à La lecture sans larmes, ce sont les chiffres qui le fascinent. La public school qu’il fréquente à Sherborne est identique à toutes les écoles anglaises : la discipline y est stricte, les bizutages inévitables et les plus petits au service de leurs aînés. Ses professeurs reprochent à Alan ses cahiers couverts de ratures et de tâches, son individualisme, son manque d’esprit de corps. Plus d’une fois, il est surpris en cours d’instruction religieuse à tenter de résoudre un problème de maths.

C’est à l’internat qu’il fait la connaissance de Christopher Morton, un garçon de son âge, au physique frêle. A quinze ans, ils partagent les mêmes passions : l’astronomie, les mathématiques, la théorie quantique. Alan est amoureux et c’est avec inquiétude qu’ il voit partir Chris pour de longues semaines d’absence avant de revenir le teint encore plus pâle. La rencontre avec Christopher provoque surtout chez le brouillon Alan le désir de faire aussi bien que son ami plus rigoureux.

Christopher Morton meurt à 19 ans. Alan, seul au King’s College de Cambridge, demande à Mrs Morton une photo de son fils afin de se souvenir à jamais de l’excellence de son ami.

Une machine universelle, Enigma et une pomme

Eté 1935. Dans un pré où il se repose, l’idée vient à Turing d’une « machine universelle », sorte de cerveau électrique, opérationnelle dans le cas de toute fonction mathématique calculable. Difficile de résumer les principes de la machine de Turing mais elle est sans conteste l’ancêtre de tous les ordinateurs d’aujourd’hui, des plus simples aux plus complexes. A l’époque, son mérite d’Alan est d’autant plus grand qu’Alan travaille seul, loin des grands centres de recherche américains qui, une dizaine d’années plus tard, mettront au point la toute première génération d’ordinateurs.

Octobre 1938, Cambridge. Turing assiste à la projection de Blanche Neige et les 7 nains (quand Hitler se fera projeter le premier long métrage de Disney, il reconnaîtra la définitive supériorité américaine). Alan retient surtout la scène où la méchante sorcière trempe la pomme dans le bouillon empoisonné. Il ne cessera plus de fredonner la complainte : « Dip the apple in the brew/Let the sleeping death seep through ».

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Turing est chargé au sein du Bureau de décryptage britannique, installé à Bletchley Park, de casser les codes utilisés par la marine allemande. Après avoir tâtonné un temps, il parvient à décrypter le code Enigma utilisé par l’Amirauté du Reich pour communiquer avec ses sous-marins sillonnant l’Atlantique. Il est probable que sans cette découverte majeure, l’Angleterre aurait fini par capituler étouffée par le blocus allemand. Le génie de Turing est reconnu par Churchill qui le charge de mettre au point le système de communication ultra secret qui lui permettra de communiquer avec le président Roosevelt. Pour l’occasion, Turing séjourne aux Etats-Unis où il rencontre Claude Shannon, fondateur de la théorie de l’information et inventeur du fameux bit, alternance de 0-1 définissant l’unité d’information de tous les ordinateurs.

C’est aussi pendant la guerre qu’Alan formule son unique demande en mariage : elle s’appelle Joan Clarke et lui apprend à tricoter ; il lui offre Tess d’Uberville et lui avoue son goût pour les garçons. Ils resteront amis. Excentrique et rêveur, Turing inquiète son voisinage quand il se promène à vélo le visage protégé d’un masque à gaz de l’armée. Nulle attaque aérienne en vue… c’est le rhume des foins qui menace. Ou quand il refuse de signer sa pièce d’identité parce que sur le document est inscrit : « toute mention manuscrite est interdite ».

« Ce qui m’intéresse, écrit-il alors, n’est pas de mettre au point un cerveau puissant, rien qu’un cerveau médiocre, dans le genre de celui du président de l’American Telephone and Telegraph Company. » Pierre après pierre, ses recherches mathématiques précisent le futur immédiat de l’ordinateur.

Victime de la loi qui a déjà condamné Oscar Wilde

Absorbé par ses recherches, Turing n’accorde guère de temps à sa vie privée. A Cambridge, il connaît bien quelques histoires avec des étudiants mais la « vie conjugale » n’est pas son fort. Alors de temps à autre, il se met en chasse, se rend sur Oxford Street à Manchester où faisant mine de contempler les vitrines, il scrute le reflet des garçons qui passent. Est-il possible d’aborder celui-ci ? Acceptera-t-il une invitation à dîner ? Dans l’Angleterre des années 50, draguer dans la rue est loin d’être évident. C’est pourtant ainsi qu’il fait la connaissance d’Arnold Murray.

Alan propose de l’argent, Arnold se défend d’être vénal. Pourtant le lendemain, de l’argent manque dans son portefeuille. Un jour, Turing découvre que son appartement a été cambriolé. Rien de bien important n’a disparu, le mathématicien se rend cependant au commissariat et dépose plainte. Autant dire se jette dans la gueule du loup…

Alan apprend d’Arnold le nom du cambrioleur, renseigné par lui. Pendant la nuit, il dissimule le verre dans lequel a bu Arnold afin de comparer les empreintes avec celles laissées par le prétendu voleur. Au commissariat, il s’embrouille dans ses déclarations… trop tard, les empreintes sur le verre sont bien identifiées comme appartenant à un certain Harry, connu de la police. Arrêté, le voleur dit avoir été informé par Arnold qui « faisait des trucs chez Alan ».

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  Quels « trucs « demande la police à Alan Turing qui sans honte reconnaît « une histoire avec Arnold ».
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  Quel genre d’histoire demande la police ?
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  Attouchements, masturbation, 69, répond Turing.

Le savant rédige lui-même le rapport de cinq pages dans lequel il raconte sans le moindre remords sa relation homosexuelle. Et sûr d’avoir fait ce qu’il convient de faire, il offre même du vin aux policiers !

Le « crime » tombe sous la loi. Qualification : « Gross Indecency contrary to Section 11 of the Criminal Law Amendment Act 1885 ». Il s’applique à n’importe quel adulte mâle, quelque soit son âge, sa situation sociale, que l’affaire se soit passée dans un lieu public ou privé. La même loi condamnait Oscar Wilde soixante ans plus tôt ! Turing a surtout le tort de croire que l’homosexualité ne sera bientôt plus considérée comme un délit et qu’en conséquence, il n’encourt pas de peine.

Quand à la même époque, le rapport Kinsey, vaste enquête sur la sexualité des Américains (qui révèle notamment que l’homosexualité concerne une partie non négligeable de la population), parvient en Europe, les prudes Britanniques prennent ces révélations comme une vulgaire extravagance américaine. Par bien des aspects, Alan Turing est un homosexuel typique de son temps. Kinsey l’a remarqué : il y a d’énormes conflits chez les plus jeunes à vivre leur homosexualité, mais l’affirmation homosexuelle va croissante avec l’âge. Ce n’est qu’après la trentaine que Turing sort du monde clos de King’s College pour draguer dans la rue.

The case of Regina v. Turing and Murray est jugé le 31 mars 1952. Les deux accusés plaident coupables bien que Turing ne s’estime « coupable de rien ». Le verdict tombe et Turing doit choisir : pour éviter la prison et poursuivre ses travaux, il doit se soumettre à une période probatoire (un an) au cours de laquelle il est tenu de suivre une organothérapie, autrement dit une castration chimique. Un tel traitement à base d’oestrogène est sensé réduire sa libido et pourquoi pas réorienter sa sexualité « dans le droit chemin ».

« Plonge la pomme dans le brouet Et laisse le sommeil de Mort l’imprégner »

La justice n’a pas jugé bon de proposer à Turing une psychothérapie. C’est de lui-même qu’il entame une psychanalyse auprès de Franz Greenbaum, élève de Jung, juif allemand réfugié en Angleterre en 1939. Pour ses dernières vacances, Turing voyage à Corfou et en Scandinavie, toujours à la recherche de rencontres masculines. En pleine guerre froide, ses employeurs – probablement les services secrets – voient d’un très mauvais oeil de tels séjours. Au printemps 1954, dans une fête foraine, il consulte une diseuse de bonne aventure, en ressort la mine défaite pour se taire dans les semaines qui suivent. Le 7 juin 1954, jour de la Pentecôte, il croque une pomme qu’il a préalablement trempée dans une solution de cyanure. Sa femme de ménage le découvre le lendemain, allongé sur son lit, l’écume aux lèvres. Retour de la complainte : « Dip the apple in the brew/Let the sleeping death seep through ».

La pomme

L’inscription au casier judiciaire mêlait affaire de cambriolage et sodomie. En pleine guerre froide, les services secrets occidentaux savent comment les Soviétiques utilisent l’homosexualité pour « approcher » certains sujets. Turing devient un maillon faible aux yeux de ses « employeurs ». Il ne s’en livre à personne, mais « l’affaire Arnold » l’empêche probablement de poursuivre ses recherches dans les meilleures conditions.

Des années plus tard, les fondateurs (Steve Jobs, Ron Wayne, Steve Wozniak) d’une petite société promise à un grand avenir, baptise Apple le premier ordinateur qu’ils fabriquent. Le logo, dessiné par Rob Janoff, représente une petite pomme entamée. Dans le milieu encore étroit de l’informatique naissante des années 70, beaucoup y reconnaissent une référence au destin tragique de Turing. Plus tard quand Apple connaîtra le succès que l’on sait, la légende sera revue : la pomme deviendra une sorte de private joke, anodine référence aux années de galère des fondateurs de la société.

Mais cette petite pomme croquée, elle turlupine. A la contempler, là sur chaque ordinateur. Ne faut-il pas mieux y voir une histoire de méchante sorcière et la vie d’un jeune homme qui invente l’ordinateur avant de succomber aux préjugés de son temps. Un temps pas si lointain…

À lire : Andrew Hodges, Alan Turing, The Enigma, 1983, réédition en 1983 chez Vintage. La traduction française, dans la Bibliothèque scientifique des éditions Payot (1988), est épuisée.

Rencontre avec Jean-François Peyret autour de Alan Turing

Jean-François Peyret est metteur en scène, auteur, traducteur et universitaire. De 1984 à 1994, il travaille avec Jean Jourdheuil : Paysage sous surveillance (1987), La Route des chars (1988), Hamlet-Machine (1990), les Sonnets de Shakespeare (1990), La Nature des choses (1991), Cabaret Valentin-Fantaisies Kafka (1993). En résidence à la MC 93, il inaugure les « Traités des passions » placés sous le signe de philosophe (Pascal), dramaturge (Racine), écrivain (Goethe), musicien (Beethoven), scientifiques (Jean-Didier Vincent, Turing aujourd’hui). Avec ce dernier spectacle, le metteur en scène confronte le théâtre aux défis de l’intelligence artificielle.

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  En quoi les travaux de Turing sont-ils importants ?

Ce qui se joue chez Turing est : est-ce que toute pensée est réductible à une pensée logique ou est-ce qu’il y a une pensée qui serait liée à autre chose (comme la langue, la chair…). D’une certaine manière, Turing fixe les limites de l’ordinateur moderne.

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  Mêler théâtre et science paraît entreprise difficile ?

Il y a quelque chose qui m’intéresse qui est de prendre en compte un certain nombre des révolutions intellectuelles de la science moderne. Au théâtre, on a l’impression d’en être resté à Newton. La difficulté avec des sciences comme la mécanique quantique, c’est que cela donne le vertige. C’est peut-être au fond une vieille problématique brechtienne qui serait de rêver à un théâtre contemporain de l’ère scientifique.

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  Le choix d’Alan Turing s’impose-t-il d’emblée ?

Il y a d’abord la biographie d’un type fascinant. Et puis ce qui m’intéresse avec les travaux de Turing, c’est de les envisager d’un point de vue poétique : comment inventer des formes qui se ressentent des révolutions scientifiques qu’il impose. Evidemment, ce n’est pas un hasard parce que, d’une part, il y a été un grand mathématicien et, d’autre part, il connaît un destin très particulier. Ce qui m’intéressait était d’articuler le récit de ce destin avec ce qu’il a pensé. Pas sur un mode psycho-biographique, en disant ceci explique cela.

La question se pose : Turing n’est-il pas à sa manière un mythe contemporain. Celui d’un homme qui fait le choix de l’artifice, c’est-à-dire de construire un cerveau artificiel, affranchi du corps et des différences sexuelles, une manière de sortir de la prison du corps et être finalement rattrapé par lui. La vie de Turing toute entière est placée sous le signe de l’énigme.

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  Par ses travaux scientifiques et son affirmation homosexuelle, Turing amène un certain respect ?

Bien sûr, mais tout cela est compliqué. Il y a une sorte d’incomplétude sexuelle chez Turing – en dehors de la question homosexuelle qui n’a rien à voir. Je ne saurai dire où Turing est le plus fascinant. Je n’arrive pas à l’imaginer de manière réaliste, psychologique. Par exemple, il me semble impossible de faire un film de son histoire, de trouver un acteur qui lui ressemble. C’est une histoire à la Pasolini, celle d’un type qui tombe dans la gueule du loup, est victime de « ces cochons d’anglais » et finit comme un suicidé de la société.

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  Vous vous intéressez d’abord à ses découvertes mais n’évacuez pas pour autant sa vie privée.

Il y a cela dans son travail : si on ne parle pas de sa sexualité, il y a quelque chose qui marche peut-être, mais la sexualité finit par revenir. C’est vrai qu’il y a quelque chose d’énigmatique sans que ce soit de l’ordre de l’identification… Car je ne comprends pas les mathématiciens, je ne suis pas anglais, je ne suis pas homosexuel. Donc finalement je ne suis pas très armé pour comprendre ce jeune homme qu’est Turing et qui m’agace depuis un moment. Peut-être que notre théâtre peut en parler justement parce qu’il n’est pas psychologique.

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  La petite pomme d’Apple/Macintosh est-elle vraiment liée au suicide de Turing ?

Les fondateurs de Macintosh disent maintenant que c’est parce qu’ils étaient pauvres et qu’ils ne mangeaient que des pommes [une autre version circulant sur Internet explique que Steve Jobs aurait baptisé le premier ordinateur qu’il conçoit un « Apple » en souvenir du temps où il cherchait la révélation dans le verger d’une communauté Hare Krishna !]

La pomme est un symbole plutôt chargé en Occident. Il est évident que pour la génération précédente, cette pomme renvoyait à Turing, mais ce n’était pas très vendeur, un logo lié à un suicide. De toutes façons, il est difficile de ne pas faire le rapprochement.

 L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard, journaliste disparu le 15 novembre 2006, à l’âge de 42 ans

Article paru dans le magazine Têtu en 2006
Les répétitions du spectacle filmées en vidéo, ainsi que de nombreux liens vers des sites consacrés à Alan Turing, sont consultables sur www.tf2.asso.fr.

Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "L’énigme Alan Turing, Le mathématicien et Blanche Neige par Jean-Philippe Renouard," in Laure Pouliquen Officiel, 21/04/2017, https://laurepouliquen.fr/lenigme-alan-turing-le-mathematicien-et-blanche-neige-par-jean-philippe-renouard/.
Alan Turing, Le génie mathématicien qui a décrypté les codes secrets nazis et inventé l’ordinateur

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Alan Turing Ou Comment Les Maths Ont Vaincu Hitler, Turing, l’homme qui cassait les codes

Alan Turing est sorti petit à petit de l’anonymat pour être élevé au rang de génie et de martyr de la lutte pour les droits des homosexuels.

Cette année, on va beaucoup parler de Bletchley Park, à Milton Keynes (Buckinghamshire). Ce manoir de style victorien, planté au milieu d’un parc de 22 hectares, abrite le Musée national de l’informatique. Soit. Mais, en 1938, le site appartient au MI6, le service du renseignement extérieur du Royaume-Uni, qui y installe pendant la guerre le Government Code and Cypher School, organisme chargé du décryptage des codes des puissances de l’Axe : le IIIe Reich et l’Italie fasciste. C’est dans cette propriété so British que se déroule Le Bâton de Plutarque, le 23e album de Blake et Mortimer. Le tandem se frotte à Zhang Hasso, transfuge de l’Empire jaune, et au colonel Olrik, spécialiste des langues slaves et champion d’échecs. Des profils parfaits pour le décryptage. Mais, par saint George, ne nous égarons pas, dirait Blake.

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Wikimedia Commons

A Bletchley Park, en 1940, l’adversaire s’appelle Enigma, la machine à chiffrer employée par l’armée de terre, la marine et l’aviation allemandes : une simple machine à écrire portative, équipée d’un clavier. Mais lorsque l’opérateur tape une lettre, c’est une lettre de substitution qui apparaît, et celle-ci varie à chaque frappe. Ainsi, dans un même message, un a devient tour à tour unr, puis un c, puis un m… Les premières versions d’Enigma ont été cassées avant les hostilités par des mathématiciens et des ingénieurs polonais, grâce à d’énormes engins surnommés les « bombes » pour leur puissant tic-tac.

Après la défaite de la Pologne, les Britanniques prennent le relais. Et un homme met au point une « superbombe » capable de décrypter les messages de plus en plus sophistiqués des Allemands : Alan Turing. Mais il n’est pas seul. Huit unités, réparties dans autant de « huttes », récoltent, prennent le relais. Et un homme met au point une « superbombe » capable de décrypter les messages de plus en plus sophistiqués des Allemands : Alan Turing.

 

 

 

Donner de l’intelligence aux machines

Mais pourquoi ce site plutôt qu’un autre? « Cette petite ville d’une tristesse ordinaire se situe au centre géométrique de l’Angleterre intellectuelle, là où la ligne de chemin de fer de Londres bifurque pour Oxford et Cambridge », répond Andrew Hodges en nous guidant dans le musée. L’homme parle en connaisseur. Doyen du Wadham College, à Oxford, il est venu en voisin par le train. Il a écrit une biographie au titre fleurant bon le jeu de mots : Alan Turing: The Enigma, un texte qui vient d’être traduit en français dans son intégralité (1).

Alan Turing n’est pas seulement le champion du décryptage, poursuit-il. Après la guerre, il reprend son vieux rêve de « machine universelle » capable de traiter n’importe quel type de données. Nom du prototype : Automatic Computer Engine (ACE). En 1948, avec une équipe de Manchester, il fait fonctionner le premier ordinateur d’Europe. Mais il veut aller plus loin, fournir de l’intelligence aux engins.

Dans un article fracassant publié en 1950 dans la revue de philosophie Mind, il pose tout de go la question : « Les machines peuvent-elles penser ? » Sa réponse est plutôt oui. Esprit curieux de tout -logique, informatique, intelligence artificielle-, il consacre les dernières années de sa courte vie (quarante-deux ans) à la biologie du développement. Comment la matière prend-elle forme ? Pourquoi le motif en spirale de la suite de Fibonacci se retrouve-t-il dans la pomme de pin et dans la disposition des graines de la fleur de tournesol ? Pourquoi les léopards ont-ils des taches ? Bref, quel est le secret « des bases chimiques de la morphogenèse » ? Dans un ultime article paru en 1952, il conçoit un modèle permettant de mettre en équation l’apparition de ces formes. Depuis, des chimistes ont découvert des réactions obéissant à ces règles.

La grâce royale à titre posthume

Ce mathématicien génial, cet esprit universel méconnu -à l’exception des scientifiques- a enfin son heure de gloire avec un film hollywoodien, Imitation Game, de Morten Hyldum, avec le jeune Benedict Cumberbatch dans le rôle phare (sortie le 28 janvier). Un demi-siècle plus tard, le scénario insiste sur le suicide de Turing, à l’aide d’une pomme empoisonnée au cyanure, le 7 juin 1954. Il avait été condamné deux ans plus tôt à la castration chimique pour « outrage à la pudeur » : une relation sexuelle avec le jeune Arnold Murray (19 ans).

Après un long silence, Alan Turing est sorti petit à petit de l’anonymat pour être élevé au rang de génie et de martyr de la lutte pour les droits des homosexuels. En 1986, une pièce de théâtre jouée en Angleterre, Breaking the Code, puis sa version télévisée constituent les premières étapes de la réhabilitation. En 1999, Time le place parmi les 100 personnes les plus importantes du XXe siècle.

Dix ans plus tard, le Premier ministre britannique Gordon Brown présente ses excuses pour les poursuites exercées contre lui. Puis un hommage appuyé du président américain Barack Obama le range aux côtés de Newton et de Darwin, parmi les plus grands scientifiques britanniques. Ultime geste, en réponse à une pétition lancée par un informaticien, Elizabeth II lui accorde une grâce royale.

Quel chemin de croix pour ce fils d’un administrateur colonial de Madras, qui aura la délicatesse de mourir en 1947, douze jours avant l’indépendance accordée à l’Inde. Alan ne connaît pas les moussons. Dès son plus jeune âge, il est confié à un couple de Hastings, le colonel à la retraite Ward et son épouse, avant de fréquenter les internats. Le jeune homme est précoce. Il apprend à lire seul en moins d’un mois avec la méthode La Lecture sans larmes. Tout aussi rapide en calcul, il prend plaisir à se poster sous les lampadaires pour en déchiffrer les numéros de série. Mais, distinguant mal sa gauche de sa droite, il marque d’un point rouge son pouce gauche.

Fâché avec son corps

Il écrit comme un cochon. Il se débat avec des plumes qui bavent et ses cahiers sont couverts de pattes de mouche. « Turing le Cerveau » n’a jamais été en harmonie avec son corps, éprouvant de la peine à coordonner ses mouvements. S’il apprécie les terrains de football, c’est pour les lignes de touche : leur tracé lui inspire des problèmes de géométrie. Pourtant, à Cambridge, il pratique l’aviron, le rowing.

Alan passe pour un excentrique. A Bletchley, « sa bicyclette est un poème, poursuit le biographe, un défaut de mécanisme l’oblige à démarrer dans un pédalage effréné pour que la chaîne ne déraille pas ». Il attache sa tasse de thé au tuyau du radiateur avec un cadenas à combinaisons. Il se moque de son allure. Une ficelle retient ses pantalons et il porte souvent une veste de pyjama sous sa veste de sport.

Pis, il éprouve des difficultés à s’exprimer. En butte à un exercice, il grogne. Il commence les phrases de sa voix haut perchée et saccadée, s’arrête net, comme absorbé par la recherche de la formulation idéale, puis il accouche d’une expression argotique ou d’une grivoiserie, d’un calembour, d’une comparaison a priori incongrue. Un jour, contesté sur son projet de « cerveau électronique », il interrompt brutalement son interlocuteur : « Le fait que le cerveau ait la consistance d’un porridge froid ne nous intéresse pas. Nous ne disons pas : « Cette machine est beaucoup trop dure pour être un cerveau, donc elle ne peut pas penser. » »

La vie de cet enfant seul, séparé de ses parents ultramarins, a été marquée par un premier grand amour, platonique, avec Christopher Morcom, jeune homme blond et mince, d’un an son aîné, rejeton d’une famille aisée d’artistes et de scientifiques vivant dans un manoir aux allures de phalanstère. Les deux jeunes gens sont brillants et ils ont tous deux une passion pour les mathématiques et la science. Christopher entre au prestigieux Trinity College, à Cambridge.

La séparation est douloureuse. Elle l’est encore plus lorsqu’il est emporté par la tuberculose, à 19ans. Alan engage une correspondance avec la mère du défunt, qui l’invite. Le jeune homme exige de dormir dans le sac de couchage de son ami. Doit-on conclure, comme Jean Lassègue, philosophe et auteur d’une biographie de Turing, que celui-ci s’est imposé le devoir d’incarner le destin scientifique promis à son très brillant ami?

Une machine capable d’appliquer un algorithme

Toujours est-il qu’en 1931 le boursier Turing se lance dans l’étude des mathématiques pures au King’s College, à Cambridge. L’année suivante, il démontre un théorème résolu une seule fois, par un mathématicien polonais de haute volée, Vaclav Sierpinski. Cinq ans plus tard, il adresse à la Société mathématique de Londres un article sur l’un des problèmes majeurs des mathématiciens de l’époque, posé par David Hilbert : y a-t-il une méthode pour déterminer si un énoncé mathématique est vrai ou faux ? Sa réponse est : non. Pour y aboutir, il emprunte une étrange démarche. Il construit en pensée une machine composée d’un ruban et d’une tête pouvant lire et écrire sur ce ruban, capable de décrire un calcul complexe sous la forme d’opérations simples.

Cette « machine universelle » peut simuler n’importe quelle autre machine simple, à condition de lui fournir, sous forme codée, le programme à exécuter. Alan Turing vient tout bonnement d’inventer le concept d’ordinateur (computer, en anglais) : une machine qui reçoit un algorithme -un programme- et les données pour appliquer celui-ci. Dans la foulée, le jeune homme prépare un doctorat de logique mathématique à Princeton, aux Etats-Unis, où on lui propose un poste universitaire, mais il préfère retourner au pays. Par patriotisme.

Absorbé par ses travaux, il n’est pas insensible au monde. Il suit avec inquiétude les bouleversements en Europe. « J’espère que Hitler n’aura pas envahi l’Angleterre », écrit-il à sa mère. Nous sommes en 1938. A peine rentré, il est sollicité, avec d’autres collègues mathématiciens, ingénieurs, logiciens ou joueurs d’échecs, par les services de renseignement britanniques. Commence alors sa carrière de décrypteur à Bletchley Park.

Fan de Blanche-Neige et les sept nains

Dans la Cambridge d’avant guerre, l’homosexualité n’est plus tout à fait taboue. « Nous avons rejeté la moralité coutumière et la sagesse convenue, dit John Maynard Keynes, grand économiste et généreux mécène du King’s College. Nous sommes, au sens strict, des immoraux. » Circule le manuscrit de Maurice, le roman de Forster sur la manière de « ressembler de manière inavouable à Oscar Wilde ». La prestigieuse université se divise alors entre « esthètes » et « athlètes ». Mais Alan n’est pas mondain. Il n’est pas invité aux soirées et aux manifestations artistiques données sous les auspices du fameux groupe de Bloomsbury, de Virginia Woolf. « Sa liberté et son homosexualité lui importeront toujours plus que tout, et il en sera victime », résume Andrew Hodges.

Libre, il est, dégagé de toute contingence, étranger aux rapports de forces et à la courtisanerie. Mais il est aussi immature. A la Noël de 1934, Alan Turing (22 ans) demande à sa mère un ours en peluche. Il écoute avec assiduité les programmes pour enfants à la radio. La projection de Blanche-Neige et les sept nains, à Cambridge, en 1938, le plonge dans un abîme de perplexité. Il ne peut plus s’en passer, revoyant le film à chaque occasion. Il se plaît à chantonner le couplet fatal : « Plonge la pomme dans le bouillon / Que la mort qui endort s’y infiltre. » Il s’interroge sur la couleur de la mort : la partie rouge ou verte du fruit ? Le 7 juin 1954, il a sans doute la réponse, mais il l’emporte dans la tombe.

(1) Alan Turing. Le génie qui a décrypté les codes secrets nazis et inventé l’ordinateur. Trad. de l’anglais par Nathalie Zimmermann et Sébastien Baert. Michel Lafon, 704p., 19€.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/turing-l-homme-qui-cassait-les-codes_1638747.html#khzpeSMmEHYMyuvV.99

Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "Alan Turing, Le génie mathématicien qui a décrypté les codes secrets nazis et inventé l’ordinateur," in Laure Pouliquen Officiel, 24/01/2017, https://laurepouliquen.fr/alan-turing-le-genie-mathematicien-qui-a-decrypte-les-codes-secrets-nazis-et-invente-lordinateur/.
Une réalité Mathématique dessinée en Fractale par un homme atteint par le Syndrome du Savant

Une réalité Mathématique dessinée en Fractale par un homme atteint par le Syndrome du Savant

Une réalité Mathématique dessinée en Fractale par un homme atteint par le Syndrome du Savant

Jason Padgett est un américain qui a acquis, sans le vouloir, des capacités étonnantes en mathématiques après une agression en 2002. Il a été durement touché à la tête et il vit maintenant la réalité sous forme de fractales mathématiques descriptibles par des équations. Il est atteint du syndrome du savant qui lui permet désormais de pratiquer une forme de synesthésie.-

“Une main quantique à travers mes yeux” (Jason Padgett)

Avant l’incident, Jason ne possédait aucune capacité particulière en math, il était même plutôt mauvais. Il a copié la plupart des réponses à son examen de géométrie dans l’enseignement secondaire et n’a jamais eu beaucoup d’intérêt pour cette matière. Il est allé à l’université pour la quitter sans finir son cycle. Il a ensuite travaillé dans la vente pendant quelques années et puis s’est installé dans un magasin de meubles fabriqués par son père. L’accident vasculaire cérébral provoqué par son agression a ostensiblement changé l’architecture du cerveau de Jason. * Après une période d’introspection d’une durée de trois ans, il a commencé à dessiner ce qu’il voyait juste en face de ses yeux. Les résultats étaient incroyables, une série d’approximations mathématiques, de fractales dessinées à la main, les premières du genre. Les mathématiciens et les physiciens ont été surpris : certains des dessins de Jason dépeignent des équations mathématiques qui, jusque-là, étaient seulement présentables sous forme graphique. D’autres représentent de réels modèles d’interférences électroniques

*=* Selon la bio de Jason Padgett :

— La beauté des numéros et leur connexion à la géométrie pure de l’espace-temps et de l’univers sont présentées dans ses schémas de fractales…
Il étudie actuellement la façon dont toutes les fractales posent des limites et comment la formule E = MC2 est elle-même une fractale.

Quand il a commencé à dessiner, il n’avait aucune formation en mathématiques traditionnelles et ne pouvait dessiner ce qu’il voyait comme des mathématiques. Finalement, un physicien a vu ses dessins et l’a aidé à obtenir une formation en mathématiques traditionnelle pour être capable de décrire, sous forme d’équations, la géométrie complexe de ses dessins. Il est actuellement étudiant en mathématiques dans l’État de Washington, où il apprend les mathématiques traditionnelles afin qu’il puisse mieux décrire ce qu’il voit sous une forme plus traditionnelle. Beaucoup de ses schémas ont été dessinés avant qu’il n’ait eu une formation en mathématique traditionnelle.

** Son dessin de E = MC ^ 2 est basé sur la structure de l’espace-temps au niveau quantique et sur le concept qu’il y a une limite physique à l’observation qui est l’échelle de Planck. Il montre comment au plus bas niveau, la structure de l’espace-temps est une fractale…

Appréciez la beauté des mathématiques d’origine naturelle sous forme géométrique pure connectant E = MC2 (énergie) à l’art. Elles sont toutes dessinées à la main en utilisant uniquement un crayon, une règle et un compas !

Pour citer cet article : Laure POULIQUEN, "Une réalité Mathématique dessinée en Fractale par un homme atteint par le Syndrome du Savant," in Laure Pouliquen Officiel, 06/07/2016, https://laurepouliquen.fr/une-realite-mathematique-dessinee-en-fractale/.
L’odyssée fractale et numérique de Laure Pouliquen par Stéphane Mereiles

L’odyssée fractale et numérique de Laure Pouliquen par Stéphane Mereiles

Kulture avec un grand « K », prisonnier des glaces dans son igloo savoyard, a sauté dans la toile arachnéenne du Net où il a découvert l’univers numérique digital et les photographies fractales de l’artiste et femme de science, LAURE POULIQUEN.

Dans un premier temps, Kulture s’est senti emporté au centre d’un étrange maelstrom, au cœur de limbes aux impressions « sépia », de la surimpression picturale au labyrinthe borgésien !   Soudain, sous ses yeux, la réalité s’est transformée en surfaces molles telles des montres de Dali avant de découvrir une autre définition de la dispersion moléculaire de Gala. Tout un monde de cristaux liquides qui pénètrent le corps se remplissant de lumière. Sans oxygène, Kulture a fait une plongée dans les jeux anamorphotiques de miroirs, du flou artistique jusqu’à la distorsion oculaire en passant par la déformation des courbures sensuelles de l’espace et du temps……. 

Puis, la main de l’artiste a permis à Kulture de traverser le réel, sous un nouvel angle ; étranger de Camus perdu dans sa propre réalité, Kulture a dérivé, et même divagué, à l’image d’un bateau ivre, sous les vents magnétiques d’un univers parallèle, au milieu des dauphins nageant sous le regard mystérieux du chat de Baudelaire   Luxe, calme et volupté. Kulture a suivi la marche des éléphants sur le ventre chaud des saisons sèches où s’abreuvent les saines solitudes… Lors, une langue onirogène tissait des paraboles les dessins anthropophages… Tout à coup, ….     

L’ESPRIT ÉPOUSE

DE L’EAU, LES SONS AROMATIQUES

OÙ LA LUMIÈRE

MÛRIE EN GRAPPES CHROMATIQUES

Dans un second temps, bien après le Déluge, Kulture a percé le voile de la Matrice ; Néo, sorti de la côte de Noé, est parti à la recherche du lapin blanc dans le terrier quantique. Et il a touché à la symphonie d’un Nouveau Monde, au lyrisme de ses aurores dvorakiennes !

Ainsi, après quelques errements, Laure Pouliquen lui a tendu une carte : un de ces territoires imaginaires, si chers à Julien Gracq et Pierre Jourde — inspiré par les géographes *Mandelbrot, *Julia et * Fatou — , avec ses reliefs, ses lignes de crête, le lit de ses fleuves d’où sortent des coulées plasmatiques.   Kulture a posé son premier pas sur les terres fractales ; un petit pas pour lui, mais un grand pas pour son humilité, car Kulture a senti son égo se dissoudre dans les eaux baptismales et quantiques, avant l’extrême onction mathématique ! Énergie, tu es né, à l’énergie, tu retourneras…   C’est alors que Kulture a traversé un dédale polymorphe tapissé de fonctions holomorphes. Kulture doit bien reconnaître qu’il n’a jamais rien entendu aux mathématiques ; ses circuits neurologiques ont toujours été imperméables à ce langage hiéroglyphique.  

Cependant, les dessins de Laure Pouliquen avaient de troublantes similitudes avec les cartographies du corps humain, les mandalas du sage et l’architecture du cosmos. Or, Kulture ne parvenait plus à chasser de son esprit ces mirages holographiques. Kulture semblait uni au Tout, et tout paraissait uni à lui ! Chimérique fusion de la conscience avec l’infini ?   Au loin, l’écholalie de fleurs diurnes inhibe les pupilles de ces humains noyés dans les vérités absconses du temps…  Derrière le mur des Lamentations, l’azur christique des prières plonge ses racines symphoniques dans l’eau des larmes cristallines versée par la souffrance nacrée des âmes spirituelles. Nul paradis n’est perdu ! Kulture avec un grand « K » a aimé l’odyssée fractale et photographique de Laure Pouliquen. Tout un voyage au centre de l’éther mathématique !

Pour découvrir ses œuvres sur sa Page Fan Facebook :  https://www.facebook.com/LAURE.POULIQUEN.CREATIONS

 *Mandelbrot, Benoît : est un mathématicien francoaméricain, né à Varsovie le 20 novembre 1924 et mort le14 octobre 2010 à Cambridge, dans le Massachusetts. Il a travaillé, au début de sa carrière, sur des applications originales de la théorie de l’information, puis développé ensuite une nouvelle classe d’objets mathématiques : les objets fractals, ou fractales.

*Julia, Gaston Maurice : (3 février 1893Sidi-bel-AbbèsAlgérie – 19 mars 1978Paris) est un mathématicien français, spécialiste des fonctions d’une variable complexe. Ses résultats de 1917-1918 sur l’itération des fractions rationnelles (obtenus simultanément par Pierre Fatou) ont été remis à la mode dans les années 1970 par un mathématicien français d’origine polonaiseBenoît Mandelbrot. Les ensembles de Julia et de Mandelbrot sont étroitement associés.

* FatouPierre Joseph Louis : né le 28 février 1878 à Lorient et mort le 9 août 1929 à Pornichet, est un mathématicien et astronome français.

Stéphane MEREILES [Auteur-Ecrivain]http://anachronique.jimdo.com/ 

 

Naissance des Idées By Cédric Villani

Naissance des Idées By Cédric Villani

NAISSANCE DES IDÉES BY CÉDRIC VILLANI

Cédric Villani est un mathématicien de renommée mondiale, l’un des meilleurs spécialistes des équations de la théorie cinétique des gaz et des plasmas, et du transport optimal. Ancien élève de l’École normale supérieure de Paris, il a reçu en 2010 la Médaille Fields, la plus prestigieuse des récompenses du monde mathématique. Après avoir occupé des postes à Atlanta, Berkeley et Princeton et à l’École normale supérieure de Lyon de 2000 à 2009, il est actuellement professeur à l’Université de Lyon et directeur de l’Institut Henri Poincaré à Paris. Vulgarisateur scientifique hors pair, il aime partager sa passion avec enthousiasme et humour.

Il est très difficile de prédire l’avenir, même à l’horizon 2030, nous prévient d’emblée Cédric Villani.

« La prédiction est difficile, surtout quand il s’agit de l’avenir »

En 1900, Henri Poincaré, interrogé sur la science au 20e siècle, déclarait : « Vous me demandez comment sera la science du 20e siècle ? Je crois que l’on fera des découvertes surprenantes. Je n’en dirai pas plus, précisément parce qu’elles seront surprenantes. »

Provoquant des rires dans l’assistance, Cédric explique qu’il pourrait s’arrêter la et dire que sa tache est remplie après avoir reprit Poincaré, 100 ans après sa mort.

Pourtant Cédric Villani veut aller plus loin. Précisément puisque l’on fera des découvertes surprenantes, c’est qu’on aura des idées ingénieuses. Or, les idées peuvent changer le monde !

Comment naît une idée ?

La naissance d’une idée est une aventure, que l’on poursuit selon un chemin tortueux, avec des rebonds, des hauts et des bas. Les périodes de travail intenses sont faites d’illumination et de déception jusqu’au jour de l’éclosion de l’idée.

Poincaré dit que face a une difficulté, on progresse parfois par un travail acharné, parfois par une illumination soudaine et imprévisible, lors d’une promenade en autobus ou le long d’une falaise.

Cédric Villani s’adresse alors aux jeunes de l’audience : « Quand vous avez un devoir de mathématique rebelle à terminer, et que vos copains vous attendent pour faire la fête en boite de nuit, essayez auprès de vos parents la méthode Poincaré !

Le cerveau du mathématicien raisonne par des approximations, des analogies, des émotions ! Parce que c’est rapide, et qu’a l?époque ou nous devions réagir vite pour sauver notre vie, les émotions fonctionnaient mieux que tout.

Si les idées sont si importantes, il faut les étudier ! Quelle est la recette pour faire une idée?

Bien-sûr il vous faut un cerveau en bon état de fonctionnement, mais aussi de nombreux ingrédients.

– De la documentation, des sources d’information.

– De la motivation !


Un environnement de vie propice. Par exemple une ville ou il fait bon étudier, un environnement qui vous inspire, qui est chargé d’histoire.

– Les échanges, les contacts avec les autres. La transmission des valeurs et des idées. Il faut des échanges pour démarrer des projets, il en faut aussi pour les faire progresser…

– Les contraintes, la contrainte comme élément de création comme le fameux roman de George Perec sans la lettre « E »

– Le travail un dosage savant de travail dur et d’illumination inexpliquée.

– Enfin, le dernier ingrédient : La persévérance et la chance. La plupart des idées ne marche pas. A peine 1% des brevets s’avéreront rentables. C’est le phénomène de la corbeille à papier.

Enfin la mission ne sera complète que si l’on peut partager les idées, les publier, les présenter librement, ce qui fait débat actuellement. Pour le bien et le mal, la grande idée est limitée par les habitudes humaines.

Publications :

VILLANI Cédric. Théorème vivant*. *Grasset, 2012.

VILLANI Cédric. Optimal Transport, Old and New. Springer-Verlag, 2008.

VILLANI Cédric. Topics in Optimal Transport. American Mathematical Society, 2003.
Source : TEX

 

Le mystère des Nombres Premiers

Le mystère des Nombres Premiers

nombres_premiers

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Connus depuis l’antiquité, les nombres premiers ne restent pas moins encore un mystère des mathématiques aujourd’hui. Si l’on sait (depuis l’arithmétique d’Euclide) qu’il en existe une infinité, on ne sait toujours pas rapidement décider si un nombre est premier, surtout si celui-ci est très grand.

Les applications des nombres premiers sont nombreuses, tant en mathématiques qu’en informatique, et incluent notamment la cryptographie à clé publique (également appelée cryptographie asymétrique), utilisée en particulier pour le paiement sécurisé sur Internet !

Le plus grand nombre premier jamais trouvé a été obtenu le 7 janvier 2016. Il s’agit du nombre 274 207 281-1.

Si on l’écrivait en notation décimale classique, il ferait… 22 millions de chiffres ! Il s’agit d’un nombre dit de Mersenne, car qui s’écrit sous la forme 2n-1, où n est lui-même un nombre premier. Ce nombre a été obtenu grâce au programme informatique de découverte de nombres premiers GIMPS : il s’agit d’un programme distribué, installé sur de nombreux ordinateurs dans le monde entier, et qui calculent de façon intensive pour découvrir de nouveaux nombres premiers.

Ce programme implémente le test de primalité de Lucas-Lehmer pour les nombres de Mersenne.

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